Interview, pour la sortie de leur livre « Vous n’aurez pas ma joie »
1- H.M. Anne Ducrocq et Héloïse-Turbot-Lauret, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr tout d’abord pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Héloïse Turbot Lauret : je suis boulimique de rencontres, de conversations improbables, de rires à partager, de kilomètres à pied à avaler, de projets professionnels, soirées ou surprises à organiser. Parce que la joie émerge des liens qui se tissent.
Anne Ducrocq : je m’intéresse aux silences et aux mots. J’ai été journaliste et éditrice, je suis aujourd’hui auteure et animatrice d’ateliers d’écriture. Je crois en une force intérieure à révéler en chacun.
2- H.M. Comment décrivez-vous votre livre ?
H.T-L : En mars 2024, j’ai organisé une conférence dont le thème était « vous n’aurez pas ma joie ». En six jours, elle affichait complet. Clairement, le thème résonne chez les gens. Anne est intervenante ce soir-là et devant la réussite de la soirée, nous avons décidé d’en faire un livre pour continuer d’explorer ensemble ce qui fait que certains arrivent à se redresser en cas de coup dur, et d’autres pas. Sans jugement, mais avec curiosité et amour. Écouter les récits d’hommes et de femmes qui en ont bavé, qui se posent des questions, qui ont vécu des déclics et chercher à comprendre : quels sont les ingrédients qui permettent à certains de se connecter à leur joie même si, même quand, la vie n’y est pas ?
AD : Des « voleurs de joie » rodent et nous menacent. Ils sont partout. Méfiance, violence, pauvreté, guerres, mensonges… Notre livre met en avant des histoires de vie, essentiellement d’anonymes, qui ont forcé notre admiration. Des ressources nous habitent et attendent le moment opportun. En fait, elles nous attendent.
3- H.M. Comment vos combats sont-ils présents dans vos recherches ?
H.TL : Me concernant cette notion de combat est probablement à l’origine du projet. Suite au féminicide de ma grand-mère quand j’avais 23 ans, j’ai décidé d’œuvrer en faveur de la parole et de la place des femmes. Mais depuis quelques années, je ressens que si la colère est le moteur pour se mettre en mouvement, la joie est probablement le carburant pour tenir dans le temps. Alors j’ai voulu aller explorer comment certains et certaines nourrissaient et cultivaient ce carburant au quotidien.
AD : Je recherche ce qui aide l’homme, la femme, à se redresser. Ce livre, et le récit de ses élans de vie, est au cœur de ce qui me motive et de ce qui me touche.
4- H.M. La beauté du monde et des hommes est-elle vraiment si belle ?
H.T-L : Nous n’explorons dans cet ouvrage une joie naïve mais une joie réelle. Nous avons rencontré des dizaines de personnes qui ont nourri cette part qui di t que ça vaut le coup, que la vie réserve tellement de cadeaux à celles et ceux qui savent vraiment regarder.
AD : De la beauté il y a, énormément, selon le curseur que l’on prend. Pourtant, attention : nous ne prônons pas un monde de bénis-oui-oui, mais un monde où l’on avance, concrètement, entre ombres et lumière. La joie que l’on trouve dans l’épreuve n’est pas celle que l’on a perdu. Elle est moins extérieure, plus intérieure. On parle tout le temps de vie intérieure sans savoir vraiment ce que cela est. L’épreuve est un moment de faire connaissance. On se relie enfin à qui l’on est. Quoi de plus beau ?
5- H.M. Ne croyez-vous pas que la vie est un combat permanent?
H.T-L : Permanent ? Non je ne pense pas. C’est surtout à chacun et chacune de créer et nourrir les espaces dans lesquels on peut être profondément soi-même, profondément connecté•es à nos petites et grandes joies, en lien avec des personnes qui nous invitent à être la meilleure version de nous-même.
AD : J’ignore si la vie est un combat. Je n’ai pas trop envie de voir les choses comme ça. J’aime faire mienne l’une des maximes des arts martiaux : il faut apprendre à chuter. Tout est dit, non ?
6- H.M. Comment voyez-vous la vie sans combat actuellement ?
H.T-L : Il y a un temps pour tout. Notre société a désespérément besoin que nous prenions tous et toutes nos responsabilités de citoyens et qu’on s’engage. Un monde sans solidarité n’est ni soutenable ni souhaitable. Mais s’engager ne veut pas forcément dire avoir le poing levé : s’engager peut se faire avec le cœur, avec des mots doux, avec des actions qui prennent soin (des autres, de la planète, des idées). Sans force, en dehors d’un système de domination.
AD : Je porte une conviction : le seul combat qui vaille, c’est le combat contre soi-même.
Propos rapporté par Hugues Marcouyau, le 18 novembre 2025, pour clicinfospectacles.fr