Pour son film « FORET ROUGE »
1- J.D. Laurie Lassalle, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
L.L. Bonjour, je suis Laurie Lassalle, réalisatrice d’un second long-métrage documentaire Forêt rouge, en salles actuellement pour sa 3ème semaine ! Mon film précédent Boum Boum raconte mon histoire d’amour pendant le mouvement des Gilets Jaunes.
2- J.D. Dans votre dernier film documentaire « Forêt Rouge » sorti le 14 janvier vous allez à la rencontre des zadistes de Notre Dames des Landes, qu’est qui vousa intéressé ?
L.L. Dans Forêt rouge, j’ai voulu montrer la manière dont les zadistes se rendent autonomes matériellement, mais aussi leurs attachements invisibles à un territoire, comment humain.e.s et non humain.e.s- arbres, végétaux, animaux cohabitent. J’ai voulu passer par la question de l’imaginaire, qui à mon sens est un moteur des luttes, afin de montrer comment cet attachement pousse les zadistes à défendre ce territoire du béton, et par là même une vision d’un monde plus désirable.
3- J.D. Pourquoi ce titre de « Forêt Rouge » ?
L.L. C’est un titre qui m’est venu très tôt et n’a jamais disparu au fil de la fabrication du film. Parce qu’il s’agit d’une vision de la forêt traversée par le collectif, le commun, la joie, la passion, la lutte, le sang des blessures aussi. Et puis la vision de ces filets rouge de défense. Comme si la forêt se défendait elle-même. Un titre est comme un nom de code, un angle par lequel on peut entrer dans le film, il est déjà un espace d’imaginaire que chacun.e peut interpréter.
4- J.D. Avez-vous rencontré une certaine réticence à votre projet ou pas du tout ?
L.L Oui et c’est logique: mon regard n’est ni totalement celui des zadistes – qui sont déjà dans des divergences politiques et de fonctionnement entre elleux, encore moins un regard pédagogique, attendu sur un tel « sujet ». Il est au croisement de plusieurs imaginaires, celui de zadistes, celui de la lutte, celui de la forêt comme inconscientcollectif et le mien.
5- J.D. Comment avez-vous travaillé l’espace-temps du documentaire ?
L.L. Je travaille des mouvements dans le film, plutôt qu’une chronique pédagogique. Je reste fidèle au mouvement des événements mais ce qui m’intéresse ce sont les sensations vécues dans ces moments, comment retranscrire cela ? L’Histoire n’est faite que de petites histoires, de petits récits, le documentaire est là pour les raconter. Alors ce qu’on raconte est forcément partial. Je me méfie des documentaires qui tentent de tout rassembler. Tout document est déjà un point de vue. Tout documentaire en est un autre.
6- J.D. Lors de votre arrivée sur les lieux qu’est qui a été pour vous le plus déstabilisant voir le plus difficile ?
L.L Tout puisqu’à la zad nddi, on ne fait presque rien comme dans une grande ville où tout est fait pour individualiser les gens : faire en collectif pour la communauté plutôt que pour soi tout.e seul.e, c’est déjà un grand bouleversement. Et a la fois, tout m’a semblé d’une évidence cruciale. Une fois ces expériences vécues, on ne peut pas les oublier, elles s’ancrent dans les corps. Par ailleurs, en 2017, juste avant les expulsions, les zadistes étaient très surveillés. C’était un moment d’opacité politique. J’ai mis du temps à me faire accepter à ce moment-là. Ensuite, j’ai tissé des liens forts avec certain e s personnes.
7- J.D. Vous parlez de « Laboratoire de Vie » qu’est qui a été expérimenté et y en a-t-il encore qui perdurent aujourd’hui ?
L.L. Toute expérience qui tente de se vivre en-dehors du capitalisme, d’un système où les êtres sont broyés par leur travail, la nécessité impérieuse de l’argent ou des systèmes de domination sont des expériences de vie radicales, et elles sont nombreuses en France et dans le monde. La tentative d’autonomie qui est expérimentée à l’époque se vit ailleurs et continue sous d’autres formes à la Zad et dans les luttes écologiques avec les Soulèvements de la terre par exemple.
8- J.D. A travers « Forêt Rouge » vous donnez une image plus authentique de ces zadistes bien souvent caricaturés, est ce le rétablissement d’une vérité, de la vérité ?
L.L. Je pense que la vérité échappe toujours, d’abord je filme depuis un tout petit point : la forêt alors que la ZAD NDDL est un bocage de 1600 Hectars. Choisir cet axe, c’est regarder depuis une toute petite fenêtre. Ensuite, je fais un portrait collectif, avec seulement une petite partie de zadistes qui s’occupent de la forêt. Disons que face à la caricature grossière de certains médias, ce n’était pas très difficile de répondre par un autre regard, qui se place à côté des corps.
9-J.D. Néanmoins on a l’impr ession qu’entre eux et leurs oppositions c’est deux mondes totalement différents qui s’affrontent malgré que ce soit le même pays?L.L. Désolée je n’ai pas compris la question.
10- J.D. D’après vous, rétrospectivement est ce que ça a valu le coup tout ce qui s’est passé ?
L.L. A mon sens, ça vaut toujours le coup. Les liens qui se créent dans les luttes, malgré les échecs et les blessures, nous rendent plus fort.e.s sur le long terme. Filmer cela, c’est archiver des outils précieux pour l’avenir. J’espère que les personnes qui vont voir le film auront un autre regard sur les zones à défendre mais aussi de l’espoir pour un monde vivable.
11- J.DAprès « Les Fleuves m’ont laissée descendre ou je voulais » en 2014, « Je suis Gong » en 2016 et « Boum Boum » en 2021, êtes-vous plus militante que Cinéaste ?
L.L. Les deux. Mon coeur est avant tout au cinéma et faire des films est éminemment politique. Quand je fabrique un film, je pense à cette question : qui me guide comment faire politiquement des films?
12- J.D. En vous remerciant, que retenez-vous de tous les gens croisés, de tous les moments passés, de toute cette violence mais aussi de toute cette espérance
L.L. Merci à vous !|
Propos rapporté par Jean Davy, le 30 janvier 2026, pour clicinfospectacles.fr