Xavier Giannoli, dans Les rayons et les ombres, le film, s’est emparé de l’histoire de Jean Luchaire, pour essayer de comprendre et nous faire comprendre comment un journaliste humaniste des années 20, militant de l’entente pacifiste franco-allemande et issu d’une famille de gauche, s’est laissé entraîner, sous l’occupation, dans la collaboration et le soutien à l’antisémitisme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire,
un père et sa fille pris dans l’engrenage de la collaboration à Paris.
Par lâcheté ? Par vénalité ?… ou autres ?
Dans Les rayons et les ombres, film, Il faut mettre les choses au clair dès le début : dans le synopsis du film, on nous indique qu’il s’agit de l’histoire vraie de Jean Luchaire et de sa fille Corinne. Or, le scénario s’est accommodé de nombreux arrangements avec la vérité des faits…
Il eût été préférable de préciser que ce film s’est inspiré qu’en partie, de la vie de ces personnages, en s’appuyant sur une portion de la réalité, donc en partie édulcorée pour les besoins de la narration cinématographique.
Cela dit, le film reste très intéressant, même s’il est nuancé.
Le récit s’attache aussi, de façon subtile, à approcher l’évolution du personnage d’Otto Abetz (August Diehl). Ce jeune professeur d’art, humaniste, francophile et ami de Luchaire, qui deviendra ambassadeur d’Allemagne à Paris.
Il jouera un jeu trouble, mais cela ne l’empêchera pas de laisser se commettre les crimes et le génocide.
L’on est plongé dans un Paris occupé, celui des rédactions collaborationnistes, des théâtres, des restaurants et des orgies où sombrent toutes celles et ceux qui s’affranchissent des moindres règles morales pour se vautrer dans la débauche et la compromission.
Corinne Luchaire est une jeune actrice prometteuse. (Interprétée par une Nastya Golubeva qui est une très belle découverte pour moi). Elle semble totalement fascinée par son père et se fourvoie dans les événements dans un aveuglement total, en pure inconscience. Dans le film, c’est elle qui raconte, via des flashbacks, le destin de son père et le sien.
L’histoire demeure captivante, notamment grâce à la fin et au réquisitoire du procureur (joué par un Philippe Torreton formidable). Le film nous force à nous poser la question : qu’aurait-on fait à sa place ?
Une scène marque particulièrement les esprits, impliquant l’attitude du réalisateur juif ukrainien Leonide Moguy. Dès la fin 1940, il avait prévenu Corinne au tout début de sa carrière… mais après la guerre, il lui pardonnera.
Sur les camps, Corinne lui dit : « Mais je ne savais rien. »
Moguy répond : « Mais la question est : voulais-tu savoir ? »
Le film reste remarquable étant donné le nombre de questionnements qu’il soulève auprès des spectateurs, surtout dans la première partie qui décrit la montée du fascisme de manière glaçante.
En découvrant le portrait de la famille Luchaire, c’est une page funeste de la collaboration qu’on devine en transparence. La compromission y est décrite comme un poison qui se distille souvent lentement, mais qui finit par arriver inexorablement à sa finalité.
Comment peut-on compromettre à ce point ses valeurs morales ? Comment accepter cet aveuglement volontaire devant des faits qui se déroulent sous vos propres yeux, au point de basculer dans la collaboration ?
Jean Dujardin, quant à lui, est impeccable par la qualité de son interprétation de Jean Luchaire
Finalement, on accordera au film un très bon point parce qu’il pose beaucoup de bonnes questions et nous laisse le soin d’y réfléchir a posteriori. Il permet de prendre un peu de recul, tant sur l’histoire du film que sur cette partie sombre de notre histoire nationale.
« Les Rayons et les Ombres » est captivant de bout en bout, jusqu’au formidable plaidoyer final de Philippe Torreton. 3h15 de cinéma passionnant, superbement réalisé et sans longueur.
Un film à ne pas manquer, malgré quelques entorses à la vérité biographique des deux personnes. Il permet de se poser un grand nombre de questions sur une partie de notre histoire qui me semble assez peu développée, voire un peu occultée.
Je ne peux que vous recommander d’aller voir ce film qui soulèvera sans doute en vous, comme pour moi, un grand nombre d’interrogations sur ce chapitre complexe de l’histoire.
Personnellement, il va me pousser à approfondir cette période que finalement, je ne connais pas vraiment.
Mise en avant par Dominique Henry, le 29 avril 2026,
pour les magazines : clicinfospectacles.fr et infospectaclesloisirs.com
Un film marquant ? Drame Historique De Xavier Giannoli Par Xavier Giannoli, Jacques Fieschi . (Film Tout public)
Avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Diehl…
Le film s’inspire de faits réels mais prend des libertés scénaristiques. Xavier Giannoli a choisi de romancer certains aspects pour les besoins du récit. Si vous cherchez une exactitude historique pure, gardez à l’esprit qu’il s’agit d’une interprétation cinématographique plutôt que d’un documentaire.
Parce qu’il pose des questions intemporelles sur la compromission, la lâcheté ordinaire et la montée des fascismes. Au-delà du contexte historique, c’est une réflexion puissante sur nos propres limites morales face à l’adversité. Et puis, les performances de Jean Dujardin et Nastya Golubeva valent à elles seules le détour.
Non, pas du tout ! Malgré sa durée, le rythme est soutenu et la réalisation de Giannoli est si soignée qu’on ne voit pas le temps passer. La première partie, glaçante, et le procès final captivent l’attention du début à la fin.
Le film est classé « Tout public », mais il aborde des thèmes lourds (collaboration, antisémitisme, débauche morale). Il est idéal pour les ados à partir de 14-15 ans, surtout s’il sert de support à une discussion historique ou morale après la séance.
Les Rayons et les Ombres est actuellement disponible dans la majorité des cinémas indépendants et grands complexes en France. Pensez à réserver vos places, car le bouche à oreille commence à faire son effet !