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Interview de Florian Desman

1-  J.D. Florian Desman, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

F.D. Bonjour à tous les lecteurs ! Je suis originaire de Dordogne, où j’ai commencé à me produire sur scène dans des concours de chant régionaux. Puis, par la suite, j’ai intégré le groupe bordelais Les Drones, en 2016, avec lequel j’ai participé à quelques émissions télévisées comme La France a un incroyable talent et Ici c’est Lemoine.

2- J.D.  Après un premier album sorti en 2024, « Ad Vitam Aeternam », vous venez de sortir « Un air de Sœur Sourire ». Qu’est-ce qui vous a intéressé chez elle ?

F.D. Quand j’ai découvert sa voix cristalline et ses chansons si fraîches et réconfortantes, je suis tombé en émoi. Puis, quand je me suis intéressé à son histoire et à sa mort tragique, cela m’a bouleversé et, petit à petit, est né ce projet, plus qu’un hommage j’avais envie de lui rendre justice !

3- J.D. Vous souvenez-vous de votre première rencontre ?

F.D. Je l’ai découverte lors d’un documentaire sur le disco, où était diffusé un extrait de son remix de « Dominique », qu’elle avait sorti en 1982 dans l’espoir de faire un come-back. Mais j’aurais bien évidemment beaucoup aimé la rencontrer en vrai si j’étais né plus tôt !

4- J.D. Pourquoi ce titre « Un air de Sœur Sourire » ? D’ailleurs, comment le définiriez-vous ?

F.D. Il s’agit du titre de la dernière chanson de l’album, une chanson que j’ai écrite sur une musique de Christophe Casanave. Je voulais raconter sa vie pour clôturer le disque, à travers son parcours atypique et hors norme, en évoquant aussi son âme sœur Annie Pécher. Je pense que ses chansons sont comme un remède universel contre la morosité, comme je le dis dans les paroles : « Rien de tel qu’un air de Sœur Sourire pour chanter à la vie… »

5- J.D. C’est aussi le titre de la chanson phare de l’album, c’est bien plus que ça : c’est un véritable hommage à un destin à la fois extraordinaire et tragique que vous lui rendez ?

F.D. Exactement, car je tiens à rappeler qu’elle est une véritable recordwoman, puisqu’elle est restée n°1 du Billboard US durant quatre semaines consécutives avec « Dominique », un exploit inégalé à ce jour pour une chanson francophone. Et malgré cela, elle a terminé sa vie complètement ruinée et s’est donné la mort en 1985. C’est une vraie tragédie.

6-J.D.  Et de nos jours, comment est-elle perçue ? Se souvient-on encore d’elle ?

F.D. C’est difficile à dire. D’un côté, je pense que sa chanson phare, « Dominique », reste encore dans les mémoires collectives, car elle est largement utilisée encore aujourd’hui dans les séries, sur les réseaux sociaux, etc… Mais, de l’autre côté, sa vie et son œuvre restent encore méconnues, même en Belgique, où elle n’a même pas une plaque ou une rue à son nom à Wavre, par exemple, où elle a vécu pendant 17 ans.

7- J.D. Elle a eu, tout au long de sa carrière, des engagements et des combats très avant-gardistes pour l’époque, pour ne pas dire difficiles. Est-ce aussi pour cela que vous l’avez réinterprétée ?

F.D. Exactement. Sœur Sourire mérite largement d’être une icône aujourd’hui, voire d’être béatifiée, tant elle était avant-gardiste. Ce fut une missionnaire de Dieu par la chanson au succès international sans commune mesure, puis elle prôna par la suite une Église progressiste en choisissant de devenir sœur laïque, fidèle à ses convictions. C’est aussi pour cela en effet que je me sens profondément investi de continuer à perpétuer son œuvre et le courage de ses idées, contre les conservatismes et la bien-pensance notamment.

8- J.D.  Justement, comment l’avez-vous abordée ? Et qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

F.D. J’ai abordé cet hommage de façon sereine malgré le scepticisme que cela pouvait susciter. Le plus difficile a été sans doute la production, puisque je me suis autoproduit mais le travail avec Christophe Casanave, qui a réalisé tous les arrangements, a été fluide. Il a tout de suite saisi la portée de chaque titre pour trouver une couleur nouvelle, sans dénaturer l’ADN du répertoire de Sœur Sourire.

9- J.D. « Un air de Sœur Sourire », c’est 9 titres, mais Sœur Sourire, ce n’est pas que 9 titres. Comment avez-vous fait votre choix ? Et en avez-vous découvert ?

F.D. Le choix a été assez cornélien, mais j’ai voulu composer en quelque sorte son portrait musical, en sélectionnant à la fois ses plus belles chansons, tout en puisant dans différents styles : ses débuts, des chansons plus engagées, d’autres plus poétiques… J’en ai découvert une qui me tient particulièrement à cœur, « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », qui n’était jamais sortie de son vivant, mais qui fait cruellement écho à la tragédie de sa vie.

10- J.D.  Le titre « La Pilule d’or », qui aborde la pilule, alors très taboue à l’époque, et qui plus est par une religieuse, a fait scandale. Vous proposez un sublime duo avec Sapho sur l’album. Pouvez-vous nous en parler ?

F.D. Oui, tout à fait. Cette chanson, parue en 1967, marque un tournant dans sa carrière et illustre parfaitement la Sœur progressiste qu’elle était : une Sœur qui se voulait proche des gens, au fait des sujets sociétaux de son temps, même si cela lui a valu l’annulation de sa tournée au Québec et une mauvaise image auprès des conservateurs.

C’était très audacieux de sa part et je cherchais une interprète issue de cette génération un peu « soixante-huitarde ». Il se trouve que Sapho m’est apparue comme la chanteuse idéale, et j’ai eu le plaisir et l’honneur qu’elle accepte mon invitation.

À l’instar de Sœur Sourire, c’est elle aussi une artiste complète, à la fois poétesse, compositrice et dessinatrice, qui n’a jamais cessé de poursuivre son chemin de création contre vents et marées. Du reste, elle avait enregistré en 1978 une version disco de « Dominique » avec le groupe Odeurs, donc cela représentait aussi un joli clin d’œil pour boucler la boucle.

11- J.D. D’après vous, que reste-t-il de son héritage musical ?

F.D. Et bien, il restera toujours son éternel « Dominique », même si c’est l’arbre qui cache la forêt des centaines de chansons qu’elle a écrites. Mais j’espère qu’à travers mon projet, les gens redécouvriront son œuvre et iront voir au-delà de la « One hit wonder ». Je prépare actuellement un spectacle où je raconterai sa vie en chantant quelques-unes de ses plus belles chansons, entrecoupées d’extraits de son journal intime.

12- J.D. En vous remerciant, vous accompagne-t-elle au quotidien et comment ?

F.D. Oui, elle m’accompagne au quotidien à travers ses écrits, ses chansons, son esprit… Je pense beaucoup à elle, et elle reste pour moi une véritable inspiration.

Propos rapporté par Jean Davy, le 27 juillet 2026 pour clicinfospectacles.fr