Pour son livre- Clint Eastwood – Editions du Rocher
1- J.D. Amazing Ameziane, bonjour on ne vous présente plus sur Clicinfospectacles.fr, auteur des très beaux Ciné Trilogy, vous venez de publier aux Editions du Rocher le volume 3 consacré à Clint Eastwood, dans votre panthéon des réalisateurs quelle place occupe t il ?
-A.A. > Amé- CLINT a une place un peu spéciale, car il n’était pas sur ma liste des 18 réalisateurs que je voulais mettre en images. Mais il m’a été beaucoup demandé par les lecteurs et lectrices en dédicaces, donc je l’ai rajouté. EASTWOOD est un raconteur, il n’a pas le génie visuel d’un SCORSESE ou d’un LYNCH. Mais tous ses films sont bons, et il y a toujours de l’émotion, du coeur. Je l’ai donc proposé à mon éditeur et il a sauté sur l’occasion. Je vais faire KUBRICK en 2027. Le livre était quasiment fini et Les Éditions du ROCHER ont voulu que nous fassions EASTWOOD avant. En visionnant ses films, j’ai compris pourquoi ils résonnaient autant dans le coeur des femmes et des hommes.
2- J.D. Vous distinguez Clint et Eastwood, Pourquoi ? L’un va-t-il sans l’autre ? L’un influence t- il l’autre ?
-A.A. > Amé- CLINT, c’est le cowboy, Dirty Harry, Les films de guerre. EASTWOOD c’est SUR LA ROUTE DE MADISON, MILLION DOLLAR BABY, BIRD, GRAN TORINO. Deux facettes d’un même homme viril qui a su rester à l’écoute de sa part de féminité et de se réinventer à l’écran.
3- J.D. Comme les précédents volumes vous employez le « Je », comment avez-vous travaillez la narration ? Est-il un réalisateur qui se livre beaucoup ?
-A.A. > Amé- CLINT semble être un taiseux, c’est l’image qu’il projette pour qu’on lui foute la paix. Mais tous ceux qui le connaissent (et le raconte), parlent d’un homme chaleureux, plein d’humour, mais droit dans ses bottes. J’ai écouté les interviews de CLINT, celles de ses collaborateurs, quelques livres sur lui, et j’ai laissé la magie opérer. Au bout du 6eme livre, on a assez confiance en soi pour livrer un Roman Graphique qui va plaire.
4- J.D. Vous retracez une grande partie de sa filmographie aussi bien en tant que comédien que réalisateur, qu’est qui a été le plus difficile ?
-A.A. > Amé- Franchement, rien ne l’est. Je suis payé pour lire des livres, écouter des dizaines d’interviews d’un homme que j’ai adoré toute ma vie et je suis obligé de regarder tous ses films… pour le boulot. Chez moi, sur mon canapé sur ma grande TV. Je ne peux pas dire que cela soit « difficile ». Mais soyons beau joueur et répondons votre question : L’Acteur est plus facile car il a su créer des images iconiques, simples, immédiatement compréhensibles. Le Réalisateur est plus complexe, plus en nuances, et pour ressortir quelque chose d’intéressant pour chaque film tout en restant dans la narration à la première personne, cela demande plus d’énergie et de soin dans la structure.
5- J.D. On peut dire que sa carrière a réellement explosé avec le western de Sergio Leone « Le bon, la brute et le truand », a-t-il à ce moment-là inventer une nouvelle forme de western ?
-A.A. > Amé- Je dirais que CLINT était une star dès le premier film de la trilogie, POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS. LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND n’a fait que confirmer cela et jamais il n’a disparu de l’écran. Son interprétation de l’Homme sans nom, est toute entière, celle de CLINT. Sur le premier film, ils n’avaient pas d’argent, donc pas question de refaire beaucoup de prises. Leone avait une idée de ce que CLINT devait faire et lui en avait une autre. Aucun ne parlait la langue de l’autre, donc il a joué dans ses marques pour ne pas être flou à l’écran, mais il a fait ce qu’il voulait. Pas question de parodier TOSHIRO MIFUNE dans YOJIMBO. Et le temps lui a donné raison.
6- J.D. Dans sa filmographie la guerre occupe une grande place ?
-A.A. > Amé- J’ai une vision assez proche de celle de CLINT sur la question même si nous ne partageons pas les mêmes sensibilités politiques. CLINT déteste la guerre, mais il aime les soldats. La guerre est décidé par des politiques, sur des arguments qui sont souvent fallacieux. Si c’est eux qui devaient se battre et nous les regarder, le monde se porterait mieux. Mais ce sont les soldats qui sacrifient leur vie. Souvent pour que nous puissions critiquer cette liberté pour laquelle ils ont donné leur vie. Comme lui, je respecte les soldats et vomis les puissants. CLINT a toujours fait des films du point de vue de gens du peuple. Et il exècre les gens derrière les bureaux qui donnent des leçons sans avoir mouillé la chemise. LE MAITRE DE GUERRE est entièrement sur ce sujet.
7- J.D. On ne peut pas parler de Clint Eastwood sans parler de « L’inspecteur Harry », y a-t-il des points communs entre cet inspecteur et l’homme sans nom ? Si oui lesquels ?
-A.A. > Amé- À part un certain code moral assez strict, non, il n’y en a pas. L’acteur qui les interprète tous les deux a de beaux cheveux. Mais c’est tout. L’un est un flic à la limite de la loi qu’il a juré de protéger. Il rêve secrètement d’une justice du Far West, mais nous savons avec MAGNUM FORCE que cela ne pourra jamais fonctionner. BLONDIN est un hors-la-loi si pragmatique qu’il opère dans la pliure de la carte de cette société sauvage. Il tue les autres hors-la-loi comme lui car cela lui donne une impunité. Mais si il y a du pognon à se faire, il est capable de tout pour des sacs d’or.
8- J.D. Selon vous y a-t-il une constance de type de personnages dans sa carrière ?
-A.A. > Amé- Oui, CLINT n’a jamais interprété de méchant. Des machos stupides, des hommes sensibles, des hommes aigris… oui, mais ils changent tous avant la fin du film. Pour GRAN TORINO, qui aurait cru que les Nems pouvaient à eux seuls, vous soigner du racisme. En même temps, la nourriture d’Asie est excellente.
9- J.D. Clint Eastwood c’est aussi des controverses ?
-A.A. > Amé- Oui, mais cela ne m’intéresse pas.
10- J.D. Est-il d’après vous un réalisateur moderne, post moderne ou classique ? Et pourquoi ?
-A.A. > Amé- Les trois, en fonction des époques.
11- J.D. En tant que réalisateur, même s’ils sont tous important lequel de ces films est-il le plus peut-être abouti ?
-A.A. > Amé- MILLON DOLLAR BABY et SUR LA ROUTE DE MADISON, sont à mon avis ses 2 meilleurs films, car ils me bouleversent à chaque fois.
12- J.D. Avec le temps ses personnages comme lui-même sont passés dans la pop culture, comment l’expliquez-vous ?
-A.A. > Amé- La sincérité avec laquelle il a mené sa carrière. Comparons cela avec JOHN WAYNE. Il s’appelle Marion, il est chauve, il déteste les indiens, et n’a jamais été dans l’armée. John Ford dans le générique d’un film de guerre qu’ils ont fait ensemble avait mis le grade de chaque à côté de leur nom. « John Wayne » était le seul à n’avoir aucun grade. Wayne est une invention du cinéma. CLINT EASTWOOD est son vrai nom. Il est toujours entouré de toutes les minorités possibles dans ses films. JOSEY WALES HORS-LA-LOI est un film anti guerre et pro-Natifs Américains. CLINT a tous ses cheveux. C’est un auteur sincère. Et un amoureux du Jazz qui a vu jouer CHARLIE PARKER en club. Son amour du jazz et donc de l’impro, c’est cela qui change tout.
13- J.D. En vous remerciant, son héritage cinématographique sera t il plus ou moins important que son héritage sociétal ?
-A.A. > Amé- OUI, car c’est après 70 ans de carrière, dont 55 ans derrière la caméra, c’est un géant du cinéma par son ambition pour raconter des histoires simplement mais avec du coeur. Ce n’est pas le réalisateur flashy dont on rêve d’être, en école de ciné. Mais peu parviennent à faire des films aussi bien racontés que ceux de CLINT. Pour son héritage sociétal… je ne vois pas trop où il a été celui qui a aidé à changer les choses. Il avait déjà 40 ans dans les Années 70 et il a plutôt fait preuve d’ouverture pour un conservateur fan de Charlie Parker. Il nous a montré que les Ouran-outangs ont un sens très juste de la justice sociale, aime la bière, vous dire d’aller vous faire foutre et embrasser CLINT. C’est un artiste unique et j’ai adoré l’accompagner tous ces mois pour être dans sa tête. J’espère que cela vous plaira autant qu’à moi.
Propos rapporté par jean Davy, le 24 septembre 2026 pour clicinfospectacles.fr