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Bruno Pilorget, Interview

1-J.D. Bruno Pilorget, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs ?

 B.P. Je suis illustrateur depuis 44 ans, en particulier pour la jeunesse, et j’ai publié près de 200 livres avec de nombreux éditeurs. Ma femme est autrice-illustratrice et mes deux garçons réalisent des films d’animation.

Toute ma scolarité en Bretagne à Vannes. L’été, en roue libre avec ma bande, on se passionnait pour le pop-rock et l’enduro en se laissant pousser les cheveux, on régatait un peu avec un vaurien, petit dériveur, sur la Petite Mer (Golfe du Morbihan).

J’apprenais à dessiner en copiant les grands, Hergé ou Gotlib. Au collège, je dessinais les têtes des profs et des élèves, bon plan pour se faire des copains ou pas.

Deux ans à l’école des Beaux-arts. Puis avec mon dossier de dessins, je monte à Paris rencontrer le redoutable Pierre Marchand, fondateur de Gallimard jeunesse et du magazine Voiles et Voiliers. Ce grand éditeur m’a lancé dans le bain en m’offrant à illustrer une vingtaine de romans Folio Junior d’auteurs célèbres, dont Le vieil homme et la mer d’Hemingway ou L’étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde de Stevenson.

La majeure partie de mon travail est consacrée aux albums jeunesse, dont Les Sages Apalants (Prix de la Fondation Villages Enfants), 36 grains de riz-le grand voyage de Koïchi, Guetteurs de vie (2026), Contes Futés pour un monde en paix (2026) ou La Grande Vague (traduite en 9 langues).

Réaliser des livres jeunesse est une grande responsabilité, on travaille dur pour de futurs lecteurs adultes. On doit faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

D’autre part, je suis carnettiste. Hors de mon atelier breton rassurant, mon grand plaisir est de dessiner in situ mes voyages dans des carnets. Thaïlande, Vietnam, Chine (Grand Prix au Festival de La Plagne 2007), Indonésie, Maroc, Palestine (4 voyages), Sénégal, Portugal, Ouessant. Certains deviennent des livres, comme Salaam Palestine ! Carnet de voyage en Terre d’Humanité, Grand Prix Michelin, Coup de cœur MSF, Prix du Club des journalistes au Rendez-vous international du carnet de voyage de Clermont-Ferrand. Mon prochain voyage fin 2026 sera en Polynésie.         

2-J.D. Avec Cécile Alix vous avez sorti aux éditions L’Elan Vert le très beau carnet « Guetteurs de Vie », qu’est qu’un guetteur de vie pour vous ?

B.P. Lorsque je rencontre des enfants dans les écoles, en France et à l’étranger, je leur suggère d’être curieux et d’aller voir ailleurs. Ce serait peut-être la définition des « guetteurs de vie ».

3-J.D. Illustrateur de métier quelle définition donneriez vous du Street Art ? Et y a-t-il des points communs entre les deux ?

B.P. Pour le grand artiste de rue Ernest Pignon Ernest, beaucoup d’artistes de Street Art considèrent la rue comme une galerie, alors que lui essaie de faire de la rue une œuvre d’art.  Ses 1ères interventions dans la rue datent de 1965. Ses pochoirs sont apparus 20 ou 30 ans avant ceux du métro  de New York. Il n’aime pas beaucoup le vocable anglo-saxon « street art », car implicitement cela sous-entend que le mouvement est né aux USA.
Mon métier d’illustrateur, contrairement à l’art de la rue, est lié à une histoire écrite. Je travaille dans un atelier au calme. Mais tout de même, il m’est arrivé de participer à deux fresques commandées par des mairies, en réalisant les dessins.

4-J.D. Vous faite dans « Guetteurs de Vie » un parallèle entre le jeune Lenny de nos jours et la jeune Yeleni d’il y a plus de 20 000 ans, entre le Street art et les peintures rupestres de la grotte de Lascaux, d’après vous y a-t-il une filiation entre les deux ?

B.P. Peindre dans les grottes était de l’ordre du mystère, de la grande magie, avec un niveau artistique inégalée depuis. Peindre sur les murs de nos rues a été longtemps un geste subversif longtemps rejeté, empêché et interdit, mais qui a su s’imposer avec des propositions parfois exceptionnelles.  

5-J.D. Qu’est qui rend unique ces peintures rupestres de la grotte de Lascaux par rapport aux autres traces du passé retrouvées ?

B.P. Je ne sais pas. Mais avant de réaliser les dessins, je suis allé voir Lascaux, ainsi que Chauvet ! Quelle émotion, quelle fascination ! C’est extraordinaire.

6-J.D. Tout comme à Lascaux peut-on dire que le Street Art est une photographie graphique des préoccupations de notre société à un instant T ?

B.P. Je suppose que oui.

7-J.D. Vous parlez de ce lien entre ces deux jeunes avec l’art et la nature pouvez-vous nous en dire plus ? 

B.P. Avec son récit, l’autrice raconte l’obsession de deux jeunes pour la création. Créer est pour eux plus puissant que tout. Cet angle m’a plu immédiatement. Et on sait que la nature repose, détend, soigne. Les deux jeunes si éloignés dans le temps vont vivre la même expérience de la force de la nature grâce à ceux qui savent et qui vont les pousser un peu dans leurs retranchements. Je suis fier d’avoir participé à cette ode à la nature qui est si malmenée par certains hommes.  

8-J.D. Dans « Guetteurs de Vie » ce style rupestre a-t-il influencé votre propre style et si oui comment ? Cela a-t-il été difficile pour vous ?

B.P. Non, cela n’a pas été difficile pour moi, mais passionnant, car je travaille depuis longtemps sur cette recherche du trait essentiel, de l’épuration. Je l’applique dans mes dessins de carnets de voyages où je veux être rapide, précis et léger. Et j’essaye de l’adapter si possible dans mes dessins d’illustration. Depuis très longtemps, mon plaisir est de créer un pont entre l’illustration et le carnet de voyage. Mais toute cette démarche vient certainement de la fascination et de l’admiration pour la virtuosité des dessins et peintures de Lascaux.

9-J.D. Voyage dans le temps entre le aujourd’hui bleu et le hier marron, pouvez-vous nous parler de cette palette de couleur que vous utilisez, couleurs qui se mélangent pour n’en faire presque qu’une ?

B.P. Pour Yelëni, l’ocre rouge, pigment utilisé dans les grottes, était un choix de couleur évident. Le bleu, couleur complémentaire de l’ocre rouge, du coup est le symbole de l’époque de Lenny. Ces codes couleur participent à la fluidité du formidable récit de Cécile.

10-J.D. Comment c’est passé votre collaboration avec Cécile Alix la co-autrice ?

B.P. Nous sommes amis. Nous désirions travailler ensemble depuis longtemps. Grâce à la collection Carnet Pont des Arts, nous avons d’abord réalisé ensemble Il court ! Jesse Owens, un dieu du stade chez les nazis et désormais Guetteurs de vie.

11-J.D. En vous remerciant, selon vous, comment sera l’illustration de demain ?

B.P. Je pense, j’espère, que le livre jeunesse continuera longtemps sous cette forme. Malheureusement, les sirènes de l’IA vont chanter de plus en plus fort pour les éditeurs et certains ont d’ailleurs déjà enlevé leurs bouchons d’oreilles…  

Propos rapporté par Jean Davy, le 3 septembre 2026, pour clicinfospectacles.fr