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EPHK, Interview

Pour ces BD « MAWRTH VALLIIS »

1- J.D. EPHK, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

EPHK. Bonjour, je suis EPHK (nom d’artiste) et je fais de la BD ! Je suis né à Paris en 1978 d’un père français et d’une mère canadienne. J’ai grandi entre les deux continents, entre les deux langues. J’ai été tatoueur pendant 22 ans. J’en ai profité pour bien voyager, pour aller vivre à plusieurs endroits. Je me suis lancé un peu tard dans la BD, mais ça a toujours été mon premier rêve et mon devoir absolu sur cette planète !

2- J.D. Aux éditions 404 Graphic, vous venez de publier les tomes 1 et 2 de Mawrth Valliis. Qu’est-ce que Mawrth Valliis ? Ou plutôt, qui est Mawrth Valliis ?

EPHK. Mawrth Valliis est avant tout une expérience de narration presque purement graphique. Une aventure sur Mars, avec un côté très pulp et SF « classique », mais racontée à tempo rapide et dans sa langue originale, le martien.

3- J.D. Comme dans Harpy, vous nous plongez dans un univers futuriste. Pourquoi avoir choisi la science-fiction ? Et plus particulièrement la science-fiction pulp ?

EPHK. Vous avez lu Harpy ? Mawrth Valliis est un livre très différent de Harpy, mais oui, toujours de la SF. Je ne sais pas si c’est exactement la science-fiction qui m’attire, mais définitivement la fiction. Je trouve qu’on peut dire tellement plus de choses en ayant, aussi, comme outil de création, le pouvoir de changer toutes les règles (physiques, temporelles, etc.) qu’on prend souvent pour acquises. Mon outil préféré est plutôt l’absurde, ou l’abstrait… Une réalité altérée sans explication concrète.

4- J.D. Vos œuvres sont pleines de clins d’œil. Quelles sont vos références littéraires ?
Sur le plan graphique, quelles sont vos influences ?

EPHK. Oui, j’adore faire des clins d’œil à mes maîtres, à mes plus grandes inspirations, dans tous mes bouquins, surtout en humour ! Par où commencer ? Je suis définitivement un enfant de la télé des années 80, des dessins animés, d’un côté d’Amérique du Nord et de l’autre d’Europe de l’Ouest. Plus tard, j’écoutais du métal et je jouais à Donjons et Dragons. Mes goûts se sont affûtés pendant la glorieuse décennie suivante (90), où j’ai découvert les grands de la BD américaine underground et indépendante. De Vaughn Bodé à Dave Cooper, à Richard Corben, à Mike Mignola. Du côté du manga aussi, surtout avec Masamune Shirow. Des séries d’animation comme l’inimitable Aeon Flux de Peter Chung (qu’on peut sûrement deviner dans Mawrth Valliis T1), bref, j’ai trop d’influences à nommer… Pardon de ne pas pouvoir vous donner toute la liste.

5- J.D. La couleur occupe également une place très importante dans votre travail : sombre, métallique, désertique. Quel est votre rapport à la couleur ?

EPHK. La couleur, c’est toute l’ambiance, le « mood » d’une scène. La couleur peut tout changer dans une scène illustrée. Elle est très importante pour moi. Bien que j’essaie souvent de m’imaginer une prochaine histoire en noir et blanc (pour sauver du temps, surtout), je n’y arrive jamais. Je ne peux imaginer mes pages qu’en couleur.

6- J.D. Dans Harpy, votre personnage principal est l’héroïne Gung « Gunnie » Yan Fung ; dans Mawrth Valliis, votre héros est également une pilote. Quelle est la place des femmes dans votre univers ?

EPHK. Pour être honnête, j’imagine d’abord et avant tout mes personnages tout à fait neutres, sans sexe. Au fur et à mesure que l’histoire s’écrit et se concrétise dans ma tête, les personnages se révèlent eux-mêmes et prennent un genre. Ce sont des choix qui se font tout seuls. C’est vrai que, pour le moment, ce sont surtout des femmes qui sont au centre de mes histoires. Peut-être parce que j’ai été élevé par des femmes et j’ai toujours eu des amies femmes. Ou parce que j’ai voyagé un peu et j’ai pu observer plusieurs cultures. Mais je crois, de mon point de vue d’homme, que tout est souvent plus dur pour les femmes (parfois un peu, souvent beaucoup) et que ça rend, à mes yeux, les personnages féminins plus intéressants comme personnages principaux. Mais j’ai aussi beaucoup d’histoires prêtes à écrire qui sont menées par des personnages principaux masculins.

7- J.D. Pourquoi avoir choisi le martien comme langue d’écriture ? D’après vous, sommes-nous finalement si différents les uns des autres ?

EPHK. J’ai choisi le martien surtout comme outil technique, non par choix linguistique, pour deux raisons. La première : ayant vécu à plusieurs endroits différents et ne connaissant pas toujours la langue locale, je me suis souvent retrouvé dans des situations où je ne comprenais pas ce qu’on me disait et où il fallait que je devine très vite en utilisant d’autres outils de compréhension. J’aime beaucoup l’idée de forcer le lecteur dans cette situation (truc que j’utilise aussi dans Harpy avec les dialogues en mandarin et cantonais non traduits).

Et deuxièmement : parce que le fait qu’il y ait un langage et donc des bulles me donne des temps pour mon tempo de lecture. Pour moi, la BD, c’est surtout un tempo à respecter. Pour marquer mes temps, j’ai plusieurs outils. Comme l’ordre des actions dans une case et le suivi d’une case à l’autre, comme tourner la page… Tout ça m’aide à marquer des temps et les bulles aussi. Une case avec deux bulles, même si on ne peut qu’imaginer ce qu’elles racontent, marque deux temps dans une même case. Et donc m’aide à ralentir ou accélérer mon tempo.

8- J.D. Vous avez vécu à Hong Kong, à Taïwan, en Allemagne et vivez désormais dans le sud de la France. Ces expériences ont-elles influencé votre travail ? Si oui, de quelle manière ?

EPHK. Absolument ! Je suis très visuel et j’adore observer et comprendre les choses autour de moi, tout ce que je vois, je l’enregistre, je le décortique et lui trouve une place dans mon cerveau. Tout ce que je crée aujourd’hui passe par ces filtres que je me suis construits pendant des années d’observation dans toutes sortes de coins bien différents !

9- J.D. Dans l’introduction, vous évoquez une « révélation martienne ». Quelle est-elle ? Et pensez-vous que nous, Terriens, sommes prêts à l’entendre ?

EPHK. Nous, Terriens, l’avons déjà entendue plusieurs fois, mais nous, Terriens, oublions trop rapidement les leçons de notre propre histoire et devrons, malheureusement, régulièrement nous les faire raconter.

Propos rapporté par Jean Davy, le 29 octobre 2026, pour clicinfospectacles.fr