1-J.D. Giovanni Mirabassi, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, vous êtes à la fois pianiste, compositeur, producteur, directeur artistique, comment vous présenter à nos lecteurs ?
M. Bonjour à tous,
En un mot je suis pianiste. J’ai passé le plus clair de mon temps à jouer du piano pour les gens autour du monde, et je le fais encore aujourd’hui. J’ai eu un parcours complexe et j’aime bien l’aventure, ce qui m’a emmené à intégrer beaucoup de projets dans des styles variés en parallèle de ma carrière de soliste. J’ai d’abord composé pour mes propres formations, puis pour d’autres, et pour le cinéma, mais ces activités ont toujours été secondaires. J’ai aussi un gout prononcé pour la chanson, j’ai donc eu le loisir d’accompagner des chanteurs, ou d’adapter des chansons au piano.
2-J.D. Depuis plusieurs semaine votre projet « Mitaka Calling » dans lequel vous reprenez des extraits de pas moins de 6 productions du très grand Hayao Miyasaki est disponible sur toutes les plateformes digitales, quelle en est l’origine ?
G.M. Je suis un fan assidu de Miyazaki sama depuis mon enfance. En 2004 (bien avant l’engouement actuel autour de ses oeuvres et les musiques magnifiques de Hisaishi Joe) j’ai voulu enregistrer le thème principal de « Howl moving Castle » avec mon trio. Ceci a fait de moi le premier jazzman à avoir repris ce matériel en jazz. Il s’en est suivi un premier opus dédié à l’animation japonaise paru chez Nippon Columbia, « Animessi » (un jeu de mots entre Anime et Mirabassi…). Mitaka Calling est vraiment le fruit de ma rencontre avec les maitres de l’Anime.
3- J.D. Pourquoi ce nom de « Mitaka Calling » ?
G.M. Parce que « Mitaka called ». Lors de la sortie de « Animessi » j’ai fait une tournée au Japon, comprenant un concert dans la ville de Mitaka, dans la banlieue de Tokyo, où se trouvent les Studios Ghibli et le Musée. Miyazaki sama a vu l’affiche et a appelé la maison de disques. Il est venuau concert avec la chanteuse Tokiko Kato (qui chante « Le temps des Cerises » dans Porco Rosso), et m’a appris qu’il dessinait en m’écoutant depuis des années. Ce jour-là il m’a convié à un diner qui a eu lieu quelques mois plus tard, où il m’a raconté l’histoire de M. Yui. Ce monsieur avait assisté à un concert que j’avais donné en 2008 au Sumida Triphony Hall à Tokyo. Il avait trouvé que ma musique aurait certainement inspiré Miyazaki sama, qu’il ne connaissait pas personnellement. Il avait donc acheté mon disque « Avanti! » en sortant, avait pris le train pour Mitaka avec l’intention de le déposer aux Studios Ghibli. Il avait été surpris que ce soit Miyazaki sama en personne qui ouvre la porte et réceptionne le disque. Dans cet album je joue « Le temps des cerises ». Sans le savoir je venais de rentrer dans la playlist du maitre. Au diner en question il avait invité, en plus du Gotha de l’animation japonaise, M. Yui. J’ai eu le privilège de rencontrer Hisao Takahata, Joe Hisaishi et Toshio Suzuki ce jour-là.
4- J.D. Connaissiez-vous son univers avant ? Et comment le perceviez-vous ?
G.M. Comme je le disais plus haut, je suis un fan d’anime depuis mon enfance. À 8 ans je me suis transformé en Actarus (le pilote de Goldorak, pour ceux qui n’ont pas la réf) pendant plusieurs mois. Je suis amoureux de la princesse Nausicaa depuis 1983.
5- J.D. Quel lien feriez-vous entre la création musicale et entre l’animation?
G.M. L’anime est devenu aujourd’hui un genre qui a su se tailler ses lettres de noblesse, et a influencé le cinema mondial bien au delà du domaine du film d’animation. Il en est de même avec la musique. La musique à l’image est une partie importante de la musique populaire. Miyazaki-Hisaishi est un binôme aussi important que Leone-Moricone, Rota-Fellini, Lucas-Williams.
6- J.D. Comment avez-vous choisi les 9 morceaux de Joe Hisaishi ?
G.M. J’ai eu plaisir à revoir tous les films (toutes les occasions sont bonnes, n’est-ce pas ?) et j’ai pris des mélodies qui pouvaient faire un programme équilibré.
7-J.D. L’adaptation a-t-elle été difficile ?
G.M. Pas du tout, J’ai relevé les mélodies et j’ai retrouvé les membres de mon trio (Gianluca Renzi et Lukmil Perez) en studio pendant deux jours. Nous avons arrangé les morceaux sur le vif. Quand la musique est belle l’inspiration est aisée.
8-J.D. Partie Prenante du projet avec une illustration originale, comment s’est passé votre collaboration avec Hayao Miyasaki ?
G.M. « Mitaka Calling » est né avec la création de mon label « Jazz Eleven ». Nous l’avons crée avec la chanteuse Sarah Lancman d’une façon assez aventureuse. Il fallait enregistrer son nouvel album, et nous cherchions à optimiser l’économie de la chose. L’équipe était dispersée aux quatre coins du monde (Tokyo, New York, Paris, La Havane…) Nous avons monté une tournée en Asie et avons pu faire voyager tout le monde jusqu’en Thaïlande, ou nous avons enregistré trois disques et ouvert le label. Miyazaki sama a voulu nous aider et nous a accordé une licence sur l’illustration que vous connaissez. C’est une copie de travail qui vient de son dernier film.
9- J.D. Après « Mitaka Calling » votre regard sur « Porco Rosso » ou sur « Mon voisin Totoro » pour n’en citer que deux a-t-il changé ?
G.M. Pas vraiment, je reste l’enfant que j’étais, et je partage avec Miyazaki sama les mêmes valeurs que Porco,
10-J.D. Peut-on espérer une sortie physique prochainement ?
G.M. Le disque physique existe, c’est une édition CD collector avec poster. Il a été édité par Nippon Columbia et il peut s’acheter au Japon (voire sur les sites de la Fnac en import). Je ne compte pas en faire en Europe, à cause des difficultés techniques que la fabrication implique.
11- J.D. Et en vous remerciant, « Mitaka Calling », que dit-il de vous ?
G.M. C’est l’histoire d’un enfant amoureux d’une princesse qui vole sur une aile dans un monde peuplé d’insectes géants, qui évolue au-dessus du Fujiyama dans un robot d’acier, qui se prend pour un cochon antifasciste en Méditerranée, que rien ne destinait à enregistrer des disques un jour. J’ai fait inscrire sur la pochette de « Mitaka calling » une phrase de mon mentor, le pianiste classique Aldo Ciccolini : Entre nous on se reconnait comme des frères.
Propos rapporté par Jean Davy, le 24 février 2026 pour clicinfospectacles.fr