1- J.D. Giovanni Mirabassi, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, après le très beau « Mitaka Calling » vous venez de sortir le pas moins sublime « Piu Avanti ! », tout d’abord pouvez-vous nous parlez de ce titre et du visuel ?
G.M. Ce disque est en réalité un remake de mon album de jeunesse « Avanti! ». Ce disque, paru en 2001, m’a valu l’attention public et du réseau international, et a eu un destin un peu particulier: ayant disparu de la circulation assez rapidement au fil des rachats de catalogue, il a continué à vivre auprès d’un public nombreux et fidèle. C’est à l’issue d’une tournée qui m’a emmené aux quatre coins du monde en 2025, où on m’a demandé ce répertoire de Buenos Aires à Fukuoka, que l’idée a germé dans la tête de Océane, mon administratrice, de refaire l’album. On a fait une Taylor Swift, comme diraient les jeunes. Je suis rentré en studio vingt-cinq ans après et j’ai rejoué la même tracklist.
2- J.D. Entièrement consacré aux chants révolutionnaires, que représentent-ils pour vous ?
G.M. Tout a commencé un beau soir d’été dans ma ville natale. Au hasard de ma promenade je me suis retrouvé à un concert d’un groupe chilien, qui allait rentrer au pays après des années d’exil et avait voulu offrir un concert à la ville qui l’avait accueilli. Lorsque ils ont joué « El pueblo unido » j’ai été frappé par la grâce, et j’ai décidé de jour-là, alors que rien me destinait à devenir pianiste professionnel, que j’allais jouer cette chanson. J’ai enregistré une maquette de ce titre à l’âge de 17 ans. Je le joue depuis quarante ans.
3- J.D. Quand on est italien y est-on plus sensible ?
G.M. La question est bizarrement posée. Je vais donc y répondre le plus clairement possible. Je suis antifasciste. Je suis né au pays qui a inventé le fascisme. Ce même pays est aujourdhui gouverné par des fascistes. Les mêmes que l’autre fois, à ne pas s’y tromper. Nous avons entendu une chanteuse écervelée le jour de la libération (25 avril) changer le texte de Bella Ciao dans un souci d’universalité, et remplacer « partigiano » par « essere umano», pour ne pas froisser des fascistes, comme si il nous fallait respecter l’altérité des ennemis de l’altérité. Un peu comme jouer à cache-cache avec une panthère, quel que soit ton rôle dans le jeu l’issue est certaine. Donc, pour faire court, il se peut que les italiens soient un peu plus sensibles à ce sujet, surtout en ce moment. Néanmoins, sous l’éclairage de l’actualité, il m’est à cœur de rappeler à qui veut l’entendre que ce sont bien LES PARTISANS qui ont libéré l’Italie du fascisme. Sait-on jamais.
4- J.D. Au total 17 titres, comment avez-vous fait votre choix ? Y en a-t-il que vous découvrez ?
G.M. J’ai repris la même tracklist qu’il y a 25 ans. Je ne découvre pas, mais je redécouvre avec plaisir ce répertoire avec la liberté acquise en un quart de siècle à jouer du piano solo autour du monde. C’est assez jouissif.
5- J.D. Vous les réinterprétez au piano, avez-vous du les y réadapter ?
G.M. Le principe du jazz est d’adapter des mélodies populaires en les traduisant en « langue bleue que vous savez » comme dirait le poète. En ce qui me concerne j’ai une approche très intuitive du piano solo. J’essaie de « chanter » la mélodie à laquelle j’aime rester très fidèle, et raconter l’histoire. La musique ne fait pas dans le réalisme de la narration, mais dans le réel du ressenti. C’est ce que j’essaie de rendre avec honnêteté.
6- J.D. D’après vous quel est le point commun entre tous ces chants ?
G.M. Le rêve ardent d’un monde meilleur.
7- J.D.Par rapport au « Avanti » sorti il y a 25 ans l’avez-vous abordé différemment ?
G.M. Je suis le même homme, et je raconte la même histoire mu par le même désir. Ce qui a changé ? Une certaine maturité et beaucoup d’expérience m’ont permis d’affronter ce travail avec sérénité, n’ayant plus grand chose à prouver à qui que ce soit, même pas à moi-même. J’ai bouclé la boucle en quelque sorte.
8- J.D. Vous avez déclarez avoir grandi dans les années de plomb, votre musique serait elle la même sans ?
G.M. On joue inévitablement ce que l’on est, et nous sommes la somme de nos expériences. J’ai envie de dire que ma musique ne serait pas la même si je n’avais pas eu la vie que j’ai eu.
9- J.D. Dans votre carrière y aura-t-il un avant et un après « Piu Avanti ! »
G.M. L’avant est déjà advenu, quant à l’après Il est un peu tôt pour le dire, le disque est sorti il y a une semaine, mais je compte bien survivre à cet album et continuer à jouer du piano pour les gens.
10- J.D. Ne vous servez vous pas de toutes chants, de tous leurs engagements pour faire entendre votre voix face la folie de notre monde ? Qu’est qui vous interpelle ?
G.M. Oui, je dirais même que tout est là. La plupart de ces chants sont nés dans l’urgence, c’est ce qui me fascine.
11- J.D. A ce titre n’êtes-vous pas un artiste engagé ? Ne le revendiquez-vous pas ?
G.M. Drôle d’étiquette que « artiste engagé ». Je défends des valeurs humanistes dans mon œuvre comme dans mon travail de producteur, cela m’a toujours semblé plus de l’ordre du devoir de l’artiste. C’est un choix de vie.
12- J.D. En vous remerciant, si vous deviez n’être que l’une de ces chansons, laquelle seriez-vous ? Et Pourquoi ?
G.M. El pueblo unido. c’est l’étincelle et la somme de mes aspirations.
Propos rapportés par Jean Davy le 10 mai 2026, pour clicinfospectacles.fr
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