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Interview de Luc Biecq

Pour la sortie de son livre «  Vilains Gaillards, recueil de poèmes érotiques gays
des XIX et XX siècles »

Interview de Luc Biecq

1- J.D. Luc Biecq, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

L.D. Je suis auteur et sexologue clinicien, grand lecteur de romans et amateur de poésie.

2- J.D. Vous venez de publier aux éditions La Musardine «  Vilains Gaillards, recueil de poèmes érotiques gays des XIX et XX siècles », quel en est la genèse ? Qu’est qui vous a intéressé ?

L.D.  Au départ, c’est une lecture spectacle : je trouvais que la poésie qui aborde les amours masculines étaient peu visible, j’ai souhaité la valoriser et j’ai proposé d’en faire une lecture-spectacle. Anne Hautecoeur, des éditions La Musardine, l’a beaucoup aimée et a souhaité éditer les poèmes, avec une préface et une biographie de chaque auteur, car certains sont totalement oubliés.

3 .J.D.  Tous les gaillards sont-ils vilains ?

 L.D. il s’agit en fait d’une blague : les deux comédiens s’appellent Vincent Vilain et Vincent Gaillard, ils m’ont suggéré ce nom, comme un clin d’œil pour le spectacle. On l’a gardé pour le recueil.

4- J.D.  Pourquoi s’être concentré que sur cette période ?

L.D. Parce qu’elle est délicieusement riche : il y a des auteurs très connus, Rimbaud, Verlaine et d’autres, proche des chansonniers, il y a des formes très différentes et des thématiques dissemblables : on passe du romantisme absolu à l’organique, avec un point commun : la maîtrise du style et de l’émotion.

5- J.D.  Avant le XIX en existent-ils ?

L.D. Oui, on en retrouve dès le 15ème siècle, toutefois, à moins d’être chercheur, la lisibilité de l’ancien français n’est pas assurée. J’ai écrit des livres pratiques, des essais, j’ai enseigné, je suis attaché à ne pas laisser le lecteur se perdre ou abandonner. La poésie est souvent charnelle, étonnante, drôle, je voulais m’éloigner de sa vision scolaire un peu plate : quand on nous obligeait à l’école à lire, Emile Verhaeren, personne n’était captivé. Il m’a fallu attendre de découvrir Prévert, Aragon, Rimbaud…

6- J.D.  Comment avez-vous fait votre choix Et at-il été difficile de retrouver les textes ?

L.D. Le choix central a été d’éviter les textes liés à la haine de soi, à la honte. Les textes sont un peu cachés, mais avec de la patience et une bonne bibliothèque, on finit par les trouver. Avec l’aide de quelques chercheurs qui ont travaillé sur ces sujets, comme Michel Vignard ou Michel Larivière, à qui je rends hommage. Il y a des ajouts comme Langston Hugues, méconnu en France, qui a publié à l’époque où les noirs américains se battaient pour leurs droits civiques. C’est une figure clé et son texte est d’une émouvante simplicité.

7-  J.D. De leurs vivants étaient-ils publiés ou étaient-ils destinés à une lecture plus confidentielle voir intime ?

L.D. Tous ont été publiés, souvent en Belgique ou en Suisse, ou disons parfois juste imprimés : on peut dire qu’ils rejoignent la famille des « curiosa », ces texte licencieux jugés scandaleux, qui circulaient sous le manteau. Certains auteurs étaient reconnus de leur vivant : Raoul Ponchon publiait des textes dans des journaux quotidiens, qui étaient très nombreux à l’époque et très lus.

8- J.D.  Est-ce une tradition à un moment donné lorsque l’on est auteur ou autrice de s’essayer à l’érotisme voire à la pornographie ?

L.D. Je ne peux pas le certifier, toutefois, beaucoup de poètes y ont mis tout leur talent. Je ne sais pas ce qui qualifie un texte de pornographique. Si l’on compare au Marquis de Sade, les auteurs du recueil Vilains Gaillards sont bien sages.

9- J.D.  Vous ne proposez aucun poème lesbien ? Est-ce plus rare ? Et qu’est-ce qui les Différencie ?

L.D. Non, ça n’est pas plus rare et j’apprécie beaucoup le travail éminemment sensuel d’une autrice comme Déborah Costes, ou celui de Marguerite Grimaud, qui écrit de la new romance sexy. Je suis parti de textes que j’imaginais lu par deux comédiens, d’où cette sélection.

10- J.D.  Comment étaient-ils perçu à leur époque ?

L.D.  Certains ont reçu des prix littéraires, pas pour cette partie-là de leur travail. Il n’y a aucune conclusion à tirer au sujet de leur vie personnelle. Toutefois, il y avait des lecteurs, bien sûr, pour des auteurs parfois célébrés comme Apollinaire. Jean Lorrain, visible et affirmé, a été poursuivi à maintes reprises pour diffamation. Il se travestissait, se querellait avec Proust et refusait totalement de se cacher.

11- J.D.  « Vilains Gaillards », c’est aussi un spectacle, pouvez-vous nous en parler ?

L.D. La poésie effraie un peu, le seul lieu qui a accepté de nous ouvrir les portes est un cabaret queer, Chez Olympe à Pantin. C’est une lecture joyeuse, vivifiante avec deux comédiens expérimentés. Nous espérons qu’il pourra circuler partout en France, nous sommes prêts à venir où l’on nous invite.

12- J.D.  D’après vous que disent tous ses poèmes sur leur époque ?

L.D. Ils disent la puissance de la rencontre, l’émotion des corps, la force du désir et parfois aussi, la brûlure de la séparation. Ils montrent que rien ne peut effacer l’amour, à une époque où les droits des LGBTQIA+ sont remis en question.

13- J.D.  Et en vous remerciant, si vous ne deviez retenir qu’un lequel serait-il ? Et Pourquoi ?

L.D. Le Monôme, de Raoul Ponchon : il décrit une arrestation suivie d’humiliations publiques, d’hommes qui fréquentaient des bains, au début du XXème siècle. Il écrivait pour des quotidiens et fréquentait les cabarets dédiés à la poésie, il était reconnu et la forme de ses chroniques est étonnante, avec du style et du rythme.

Propos rapporté par Jean Davy, le16 juin 2026 pour clicinfospectacles.fr