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Interview d'OLIVIER LOEB et du PR EMMANUEL GYAN

SEPTEMBRE ROUGE

Interview d’Olivier Loeb

1- J.D. Olivier Loeb, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous présenter à nos lecteurs ?

O.L. Bonjour, je suis producteur de musique. Mon but est de sensibiliser le public à celles et ceux qui font les belles causes par la musique.

2- J.D. Producteur comment avez-vous entendu parler de « Rouge » et qu’est qui vous a intéressé ?

O.L. J’ai proposé le concept de ROUGE au Professeur Emmanuel Gyan. Nous ne nous connaissions pas. J’ai vu une vidéo qu’il avait posté sur Linkedin où il jouait une de ses compositions pour du personnel à l’hôpital : la démarche et l’homme m’ont de suite attiré. J’ai donc souhaité le rencontrer. Il a immédiatement accroché sur le projet (sensibiliser sur les cancers du sang par la musique) et ensemble, nous avons commencé à écrire ce que l’album allait raconter.

3- J.D. Avec le Pr Emmanuel Gyan vous avez participé aux différentes interviews de patient, qu’est qui a été le plus difficile à ce moment là pour vous ?

O.L. J’ai mené l’ensemble des interviews (environ 80). Pour répondre à votre question, je citerais 2 exemples :

Tout d’abord certains interviews menés avec des patients qui m’ ont fait confiance en me racontant le récit de moments très durs qu’ils avaient vécu à cause de leur maladie.

Un autre exemple serait du côté des soignants, comme par exemple, des hématologues qui m’expliquaient le déroulé difficile de certaines annonces diagnostiques, notamment des annonces faites aux parents lorsque leur enfant est atteint d’une leucémie…

Tous les interviews ont été d’une extrême richesse et je remercie infiniment tous les interviewés pour leur temps, leur confiance, leur sincérité pour m’avoir livrer des récits touchants parfois à leur intimité profonde.

4- J.D. Vous avez également participé à la création des chansons, 11 titres extrêmement variés, quelles sont vos inspirations ? Vos influences ?

O.L. Les inspirations sont les personnes que j’ai eu la chance d’interviewer.

Quand une équipe dédiée aux soins de support vous explique que le patient est comme embarqué dans un bateau avec un psychologue, un nutritionniste, une assistante sociale, un kiné……Et que le bateau se prend des vagues…ça vous fait penser à un air musical marin pour la chanson « SOS » (n°5 de l’album)

Quand un patient vous fait part du choc, de son inquiétude, de ses angoisses après avoir appris qu’il avait un cancer du sang…vous faites du métal (introduction de la chanson n°4 de l’album « Nous sommes là pour toi »)

5- J.D. Comment passe-t-on d’un récit à une chanson ?

O.L. Après avoir  interviewé une dizaine de  personnes sur une thématique précise où  les interviewés se sont littéralement livrés à vous, vous êtes alors charge d’une mission primordiale (vous vous mettez une certaine pression vu la matière extraordinaire que vous avez !!) : trouver le bon angle de la chanson que vous allez écrire…Vous n’êtes pas dans le récit mais dans le message que vous allez faire passer à travers votre chanson…C’est le plus dur mais le plus passionnant…Par exemple l’angle des fées de nuit (chanson n°7 de l’album ) : les soignantes de nuit sont discrètes mais s’occupent de vous, même quand vous dormez, elles vous rassurent, elles vous soignent,  elles vous font du bien…Le concept de « fée » nous est venu rapidement…

6- J.D. Tous les chanteurs sont non professionnels, pour le producteur que vous êtes, cela a-t-il été plus un défi ou une force ? Voir les deux ?

O.L. Les 2 mon Capitaine ! Ce sont les personnes qui vivent les choses qui chantent : ça, c’est une grande force ! La variété des timbres de voix est aussi une force. A travers chaque timbre, vous avez une personnalité, une histoire…Vous vous imaginez quand les patients chantent leur histoire…Séquence émotions ! Bien entendu, le challenge, c’est qu’il faut « coacher » les chanteurs pour qu’ils se sentent à l’aise, les aider à prendre la bonne note, le bon rythme quand ils n’ont pas l’habitude…On y arrive toujours ! En plus, notre ingénieur du son Florian Haber a plein de cordes à son arc pour ajuster tout cela si nécessaire.

7- J.D. Avec le recul dans votre processus de création diriez vous que vu le sujet de « Rouge » vous avez-été dans une certaine retenue ou au contraire vous avez joui d’une totale liberté ?

O.L. Liberté TOTALE !! Tous les textes que nous avons écrits avec Emmanuel Gyan ont été présentés aux personnes que nous avions interviewés mais ils n’ont changé que très de choses.  Le but était que le texte soit le reflet de leur récit…Qu’ils se retrouvent à travers la chanson. Je dois aussi remercier Emmanuel Gyan qui a toujours privilégié cette vérité plutôt que tel ou tel choix médical ou politique.

8- J.D. Comment définiriez maintenant la couleur de l’album ?

O.L. Un bon nombre de styles musicaux (swing, pop, metal, bossa, rock, électro, reggae…) qui ensemble convergent vers le ROUGE bien sûr😊

9- J.D. Album totalement atypique de 11 titres, sans support physique comment voyez-vous son avenir ?

O.L. Avec l’aide de nos partenaires des QR codes des clips de l’album ont été disposés dans les salles d’attente pour les patients…La presse, comme votre magasine est aussi un relai essentiel ! ROUGE est l’histoire d’un patient qui apprend qu’il a un cancer du sang…Nous pourrions en faire un spectacle vivant…A suivre…

10- J.D. Pour nos lecteurs, ou l’écouter ?

O.L. Sur toutes les plateformes de streaming (chercher à Loeb & Gyan) et sur YouTube en cherchant Rouge wearepatients. Voici le lien de la chaîne YouTube pour l’écouter

11- J.D. En vous remerciant, participer à un tel projet comme « Rouge » n’est ce pas un acte militant ?

O.L. Totalement. Quans vous êtes malade, il y a les traitements (je le sais bien, je suis pharmacien de formation)…Mais surtout il y l’humain. Comme le dit souvent Emmanuel, les traitements deviennent de plus en plus efficaces, c’est magnifique mais soigner, entourer quelqu’un qui a un cancer ou une autre maladie grave, c’est d’abord une histoire d’humanité. Rouge est un manifeste pour la force de l’humain dans la maladie.

Interview du Pr Emmanuel Gyan

1- J.D. Pr Emmanuel Gyan, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

E.G. Je suis médecin hématologue, chef de service d’hématologie et thérapie cellulaire au CHU de Tours. Je suis aussi musicien amateur, j’ai étudié le piano et la trompette au Conservatoire de Rueil-Malmaison.

2- J.D. Pouvez-vous nous rappeler qu’est que c’est que « Hématologie » ?

E.G. L’hématologie est la discipline de la médecine qui s’intéresse aux maladies du sang. Il y a plusieurs grandes familles de maladies du sang, à savoir les maladies de la coagulation, les anomalies de l’hémoglobine et des globules rouges. Il y a aussi les cancers du sang, et ce sont les maladies que je soigne au quotidien au CHU de Tours.

3- J.D. Vous êtes à l’origine du projet « Rouge », comment tout a commencé ?

E.G. C’est l’histoire d’une belle rencontre. A l’occasion d’un congrès d’un groupe de chercheurs dans le lymphome que j’accueillais à Tours, je me suis filmé en train de chanter pour mes invités une chanson d’appréciation, et j’ai diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux. Olivier Loeb, producteur, a repéré la chanson et a souhaité me rencontrer. Nous avons déjeuné ensemble, et en se levant de table, nous avons décidé de nous associer pour réaliser cet album, que nous avons dès le début appelé Rouge !

4- J.D. « Rouge » c’est 11 titres qui racontent l’histoire d’Henri du diagnostique à la guérison, comment scénarise-t-on le parcours d’un patient qui est propre et différent à chacun ?

E.G. Cela s’est fait au cours d’une séance de travail dans mon bureau, où nous nous sommes demandé ce qu’il convenait de mettre en avant dans cette histoire. Un parcours en 11 tableaux s’est déployé dans un temps d’écriture à quatre mains.

5- J.D. L’écriture des chansons part d’interview de véritables patients, qu’est qui a été le plus difficile, a-t-il été la création de la musique ou la retranscription ?

E.G. Je dois reconnaître toutes les qualités d’Olivier Loeb, qui a fait face pour la plus grande partie à l’edffort des interviews, de la transcription, et de l’essentiel de la partie créative. Il m’a proposé pour chacun des clips une maquette très aboutie où il chante lui-même, paroles et musique. Par des allers retours par mail ou par vocaux en messagerie instantanée, je lui ai donné mon avis, et il nous est arrivé de changer carrément de style, ou de réécrire ensemble quelques paragraphes, jusqu’à ce que cela nous plaise à tous les deux. Ensuite, nous avons fait valider, ou modifier, le contenu (essentiellement sémantique) par les personnes qui ont été interviewées.

6- J.D. Y a-t-il eu de votre part à un moment de la censure face à des propos trop dure, trop intime, … de patients ? Et justement comment travaille-t-on ces aspects-là ?

E.G. L’objectif de Rouge a été de mettre en vers et en musique ces émotions qui en effet sont du ressort de l’intime, avec une recherche de sincérité et de vérité qui a été rendue possible par la confiance que nous ont fait les patients et les soignants de se livrer au sujet de ce qui les a touchés, des émotions qu’ils ont ressenties, et aussi de leur intention au travail. Nous ne nous sommes donc pas censurés, nous avons recherché une justesse du propos.

7- J.D. L’album est une collaboration entre soignants, patients, associations et industriel comment les avez-vous choisis ?

E.G. Le choix a été assez simple à la fin : c’était en fait tous ceux qui voulaient bien. Pour les patients, nous avons préféré faire appel dès le début aux associations de patients, et nous sommes très heureux que deux associations nous aient répondu positivement : Ensemble lymphome leucémie espoir et Fédération Leucémie Espoir. Pour les soignants, nous avons aussi fait appel à des associations, je pense à l’association francophone de soins oncologiques de support, qui a dit oui tout de suite. Pour les biologistes, cela a été plus long : quelques personnes étaient intéressées et d’autres non, mais une fois que des collègues influents ont dit oui, plusieurs autres ont suivi. Chaque clip est une histoire singulière.

8- J.D. Vous donnez même une place à l’industrie médicale, était ce aussi important ? Elle qui est souvent critiquée a-t-elle été réceptive à l’idée ?

E.G. C’est justement parce qu’elle est critiquée que nous avons souhaité la mettre en valeur. En effet je ne sais pas soigner les cancers du sang sans médicaments. Et au cours de ma carrière de plus de 25 ans j’ai constaté d’énormes progrès thérapeutiques qui bénéficient aux patients, et c’est en grande partie grâce à l’industrie pharmaceutique que nous pouvons les mettre à disposition de nos patients. Il faut les saluer aussi au titre de sponsors de Rouge.

9- J.D. Maintenant que tous les titres sont disponibles sur YouTube, c’est quoi la suite ?

E.G. C’est une très bonne question. La suite commence maintenant, avec la diffusion de votre article, pour faire connaître l’initiative au plus grand nombre. En fonction de la réception de Rouge, nous verrons quelle forme nous souhaiterons donner à la suite de l’histoire.

10- J.D. Avec le recul diriez-vous que « Rouge » à aider « Hématologie » ? Et comment ? selon vous tous les objectifs ont-ils été atteints ?

E.G. Pour répondre à cette question, il faudrait le demander aux hématologues ! J’ai des témoignages contrastés : d’un côté mes collègues m’en parlent en disant : les patients ont écouté Rouge à partir du QR code placé dans la salle d’attente, et ont beaucoup apprécié. D’autres m’ont dit : « Tu sais Emmanuel, la vie ce n’est pas comme ça ». Justement, il me semble qu’une des missions de Rouge est de faire espérer, patients et soignants, y compris dans un contexte incertain.

11- J.D. En vous remerciant, dans votre pratique professionnelle y a-t-il un avant et un après ?

E.G. Dans ma pratique je dois dire que l’expérience de la construction de l’album Rouge a été source de beaucoup d’énergie et de plaisir, malgré les efforts qu’il a fallu développer pour y arriver. Et voir que ce plaisir est partagé est source d’une grande satisfaction. Concrètement, plusieurs groupes qui ont contribué à Rouge nous témoignent du fait que cette expérience a resserré les liens de leur collectif. Et en pratique, maintenant, je me sers des chansons de Rouge dans mes missions d’enseignement, comme des documents pédagogiques à l’appui de mon propos, notamment sur tout ce qui concerne la relation médecin-malade et la communication médicale.

Propos rapporté par Jean Davy, le 16 septembre 2026 pour clicinfospectacles.fr