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Jean Contrucci, Interview

1- J.D. Jean Contrucci, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

J.C. Je suis né et je vis à Marseille (depuis longtemps…) j’ai été journaliste de presse écrite (La Provençal, Le Monde) et je suis également romancier (une vingtaine de titres, dont la série « Les Nouveaux mystères de Marseille » et chroniqueur.

2- J.D. Vous venez de publier aux éditions HC-Hervé Chopin « La merveilleuse histoire de la Bonne Mère » qu’est qui vous a intéressé dans le monument le plus célèbre de Marseille ?

J.C. Son histoire est intimement liée à celle de la plus ancienne ville de France, dont elle a épousé toutes les péripéties et les périls. La sérénité actuelle du site ne laisse pas deviner combien son histoire est tumultueuse selon les époques, combien elle a été riche et variée au long des siècles.

3- J.D. D’où vient ce nom de « Bonne Mère » ?

J.C. Il lui a été spontanément donné par le peuple de Marseille qui s’est placé sous sa protection. Il marque une familiarité bon enfant du rapport au culte. La « Bonne Mère », c’est quelqu’un qui fait partie de la famille, elle protège ses enfants.

4- J.D. A quand remonte la trace la plus ancienne de lieu de culte sur La Garde ?

J.C. Peut-être bien à la fondation de la ville, puisque les Grecs qui arrivèrent sur le site actuel du Vieux-Port en 600 avant Jésus-Christ, pratiquaient « dans les bois touffus de la montagne de la Garde », un culte voué à la déesse Artémis d’Éphèse, sous la protection de qui ils avaient placé leur expédition.       

5- J.D. Sait-on qui a érigé la première église et pourquoi ?

J.C. Historiquement, en 1214, un religieux nommé Pierre, signe avec l’Abbé de Saint-Victor, alors puissante abbaye propriétaire de la « montagne de la Garde », un acte de concession l’autorisant à édifier, au sommet, une chapelle dédiée à la Vierge Marie. Pêcheurs et gens de mer en font un lieu de pèlerinage qui sera bientôt adopté par l’ensemble de la population

6- J.D. La basilique actuelle est elle construite dessus ?

J.C. Elle a été construite, à partir de 1853, sur son emplacement. Mais la       chapelle était elle-même entourée d’un fort, construit sur l’ordre de François 1er.

7- J.D. Plusieurs architectes se sont succédé durant toute son histoire lequel selon vous est le plus emblématique ?

J.C. Sans conteste Henri-Jacques Espérandieu, à qui on doit les plans de la basilique, et qui durant vingt ans fut le maître d’œuvre du chantier. Son projet avait eu l’agrément de l’évêque de Marseille, Eugène de Mazenod, bien qu’Espérandieu fût protestant.

8- J.D. Comment définiriez son style architectural ?

J.C. Je le définirais par son nom officiel : romano-byzantin. Un style très à la mode sous le second empire, puisque la cathédrale de La Major de Marseille s’en réclame également. Il mélange les caractéristiques du style roman occidental à celles des églises orientales avec une profusion de couleurs confiées aux mosaïques.

9- J.D. Qu’est-ce qui la différencie des autres basiliques ?

J.C. Sa silhouette est reconnaissable entre toutes, son clocher massif, en forme de tour et sa statue géante (plus de 11mètres de haut) la rendent visible au premier coup d’œil dès qu’on arrive à Marseille, que ce soit par terre ou par mer.

10- J.D. Est-ce également cette représentation de « Notre Dame de la Garde » trônant au sommet qui contribue à sa différence ?

J.C. Bien sûr ! C’est un lieu absolument unique à Marseille, puisque, bien que son « altitude » soit modeste (150m.) elle permet de voir l’ensemble de Marseille, ses deux rades, les îles et l‘intégralité de son terroir. Ce qui est un atout incontestable : le lieu de pèlerinage est aussi un « spot » touristique incomparable qui vaut à lui seul le voyage.

11- J.D. Son histoire est étroitement liée au pouvoir militaire ?

J.C. Durant quatre siècles, à partir de 1535, la chapelle a été entourée d’un fort de défense. Par conséquent l’Église et l’Armée ont cohabité sur la colline jusqu’au XXè siècle.

12- J.D. Ces liens sont il encore visible de nos jours ?

J.C. La trace en est gardée, puisque la basilique repose sur les fondations du fort et que l’on peut voir encore dépasser à ses pieds ce qui était le bastion-ouest de l’ouvrage militaire.

13- J.D. D’après vous pourquoi occupe t elle une place si importante dans le cœur des Marseillais et comment est-elle devenue l’un des symboles de Marseille ?

J.C. Je pense avoir répondu. La Bonne Mère fait partie du « paysage » : à la fois, religieux, géographique et mental des Marseillais. À tel point qu’on n’imaginerait cette ville sans celle qui est devenue son emblème, à l’égal de la tour Eiffel pour Paris ou la statue de la Liberté à New York. Son seul rival, sur le plan profane, serait l’OM.

14- J.D. En vous remerciant, selon vous comment sera la Bonne Mère de demain ?

J.C. Si la 3ème guerre mondiale ne vient pas y mettre un terme, la Bonne Mère devrait ressembler à celle d’hier et d’aujourd’hui.

Propos rapporté par Jean Davy, le 24 janvier 2026, pour clicinfospectacles.fr