Pour la sortie de son livre le 07 janvier 2026 « Lady Nazca »
1-J.D. Nicolas Delestret, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
N.D. Scénariste, dessinateur et coloriste de bande dessinée depuis une vingtaine d’années, j’ai commencé ma carrière en faisant une adaptation de « l’homme qui rit » de Victor Hugo aux éditions Delcourt avec Jean-David Morvan. Depuis j’ai publié une petite quinzaine d’albums chez divers éditeurs ( Dargaud – Grand-angle-Lombard). Le dernier en date est « le dernier quai » aux éditions Grand-angle. C’est une histoire fantastique qui se passe dans l’antichambre de la mort.
2- J.D. Vous publierez le 7 janvier prochain « Lady Nazca » la vie de Maria Reiche, la connaissiez-vous ? Et qu’est qui vous a intéressé ?
N.D. Non, la découverte s’est faite lors de la lecture du script. Suite au « dernier quai », je n’avais pas eu le temps de redévelopper de nouveaux scenarii. Mon éditeur (Hervé Richez) m’a proposé de lire plusieurs histoires qui n’avaient pas encore de dessinateurs et c’est là que j’ai pris connaissance du script de Lady Nazca. A l’époque, le film n’allait probablement pas se faire faute à un manque de financements. L’adaptation en BD était libre et l’histoire me plut. C’était assez différent de ce que j’avais fait jusque-là et l’occasion de me tester dans un nouveau style, la fiction historique, m’a inspiré.
3- J.D. Qui était-elle ?
N.D. Maria Reiche est une expatriée allemande qui part vivre au Pérou au début des années 30. Elle est professeur de mathématiques à Lima et parle aussi plusieurs langues. Elle va participer à la « découverte » des Lignes de Nazca avec Paul Kosok, un anthropologue. Elle passera, suite à leur découverte, le reste de sa vie (jusqu’à 95 ans) dans le désert à étudier et faire renaître les lignes.
4- J.D. A-t-elle écrit sur elle ou sur son époque et comment vous êtes vous basez dessus pour le scénario ?
N.D. Maria a écrit un livre sur son travail dans le désert : secrets de la Wüste – MYSTÈRE SUR LE DÉSERT – SECRET DE LA PAMPA.
Le gros du travail historique a été fait par Damien Dorsaz et Fadette Drouard. Ce sont eux qui sont à l’origine du script. Mais ce script est romancé sur plusieurs points.
Pour ma part, j’ai cherché de la documentation historique et visuel sur le Pérou, sur les lignes et sur la vie de Maria Reiche. Une longue interview télévisée qui date des années 80 est fort intéressante m’a servi aussi. On y découvre un personnage incroyable. Mon but n’était pas de réécrire le script en fonction de ce que je trouvais mais surtout d’affiner le personnage de Maria et de créer mon propre Pérou des années 30. (Probablement peu authentique, mais plutôt une version fantasmée).
5- J.D On peut dire que c’était une femme avant-gardiste sur bien des points ?
N.D. Bien sûr, son parcours de femme émancipée et forte qui se détache des conventions de son époque pour accomplir sa propre destinée en témoigne.
6- J.D. Elle passe toute sa vie d’archéologue à Nazca au Pérou, mais avant elle cette région avait elle déjà été étudiée ?
N.D. Oui, Pedro Cieza de Leon, un conquistador espagnol en parle déjà en 1500. Et dès 1920, Manuel Toribio Mejía Xesspe, un archéologue péruvien, va redécouvrir leur emplacement mais sans pousser les recherches comme le feront Kosok et surtout Reiche.
7- J.D. Qu’est qui a été le plus difficile pour elle dans son étude ?
N.D. L’immensité de la tâche. Parcourir des kilomètres de désert pour faire réapparaître ces lignes qu’une fine couche de poussière a recouvertes avec les ans. Les parcourir, les révéler et les mesurer pour pouvoir en faire des dessins précis. Imaginez bien qu’à l’époque Maria est au sol, sans avion et que les dessiner est le seul moyen de les découvrir dans leur entièreté.
Elle va passer sa vie à balayer le désert pour les faire réapparaître, les mesurer, les étudier. Elle va aussi mener un combat pour leur préservation, autre tâche oh combien difficile.
8- J.D. Comment expliquez-vous tous les fantasmes qui ont circulé autour de ces géoglyphes ?
N.D. La situation atypique de ces dessins, au milieu du désert, leurs tailles et leur âge ( plus de 1500 ans) forcent l’imagination.
9- J.D. Librement adapté du long-métrage de Damien Dorsaz « Lady Nazca », vous n’avez jamais collaboré ensemble et pourtant il y a de nombreux point commun entre les deux, comment l’expliquez-vous ?
N.D. Le script de départ est le même, ce qui crée forcément une certaine similarité dans certaines scènes et dans le fil de l’histoire. Mon but n’était pas de réécrire de a à z ce script qui m’avait beaucoup plu mais surtout d’en choisir les moments que j’aimais le plus et d’en apporter d’autres. C’est donc une adaptation, mon travail au niveau du scénario a été d’élaguer et de choisir comment raconter certains moments différemment en fonction des thèmes que je souhaitais mettre en valeur, le médium BD me permettant une utilisation plus poussée de la voix off par exemple mais aussi plus illustrative que ce que le cinéma classique propose.
En ce qui concerne la mise en scène et les images, je n’ai pas vraiment de réponses.
J’ai terminé les crayonnés de l’album avant même que le film ne soit tourné. Il est fort probable que certaines images documentaires de références soient similaires et nous aient inspirés dans la même direction.
10- J.D Pouvez-vous nous parler du choix des couleurs et du très beau design ?
N.D. Je voulais faire un album lumineux après le précédent beaucoup plus sombre. Représenter le Pérou, le désert, ses différentes ambiances. J’essaie dans mon travail d’apporter beaucoup de nuances dans les teintes de couleur et cette fois d’être un peu plus proche d’un travail de peinture avec un traitement où l’on voit des traces de traits et du grain. Un autre parti pris était de travailler la ligne d’encrage avec du blanc, aspect moins classique, mais qui me permettait de rentrer en résonance avec le thème des lignes de Nazca (Lignes blanches elles aussi) et d’apporter plus de lisibilité dans mes teintes plus sombres.
11-J.D. D’après vous quel est son héritage ?
N.D. Tout le monde peut, je pense, voir dans la vie de Maria Reiche un combat pour la connaissance et la préservation historique. C’est aussi une femme qui fait sa place dans une sphère assez masculine et qui croit en elle. Elle défie les codes d’une époque. C’est un personnage assez inspirant.
12- J.D. En vous remerciant, si vous deviez retenir qu’une figure du site laquelle serait-elle et pourquoi ?
N.D. Difficile de choisir. J’aime beaucoup le singe, l’araignée et le chien. Le style graphique assez naïf me plaît beaucoup.
Propos rapporté par Jean Davy, le 25 décembre 2025 pour clicinfospectacles.fr