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PATRICE PONZA, Interview

pour son livre VIA  ALPINA

1- J.D. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

P.P. Je suis l’auteur de Via Alpina – Mes Alpes intérieures (éditions La Trace). Formé au journalisme puis à la sociologie, j’ai très tôt répondu à l’appel du monde. À 24 ans, nommé Ambassadeur de la Jeunesse francophone, je suis parti pour un tour du globe à vélo : trois ans, cinquante-deux pays et autant de rencontres, nourries par des missions pédagogiques menées sous l’égide de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Ma route m’a ensuite conduit au Cameroun, où j’ai dirigé une Alliance Française, avant un retour en France marqué par une vie professionnelle variée.

En 2019, j’ai opéré un pas de côté en devenant berger en Suisse. La marche s’est alors imposée comme un langage, un rythme intérieur, une manière d’écouter le monde autrement.

En 2025, j’ai traversé les Alpes à pied : une aventure à la fois géographique et intime.

2- J.D. Vous venez de publier aux éditions La Trace, dans la collection récit de voyage, Via Alpina – Mes Alpes intérieures. Qu’est-ce que la Via Alpina ?

P.P. La Via Alpina est un sentier de grande randonnée qui traverse l’ensemble de l’arc alpin. Long d’environ 2 000 kilomètres, il relie la mer Adriatique à la mer Méditerranée, en formant un « long croissant » à travers huit pays. Avec près de 120 000 mètres de dénivelé cumulé, c’est l’un des itinéraires les plus exigeants d’Europe. Créé au début des années 2000 à l’initiative de l’association Grande Traversée des Alpes, il est né de la volonté d’alpinistes français et suisses de relier entre eux les grands massifs alpins.

3- J.D. Quelle est sa particularité ?

P.P. Ce sentier relie bien plus que des sommets : il relie des pays, des cultures, des langues et des traditions montagnardes. Il permet de traverser un fragment de continent tout en percevant l’unité profonde qui lie ces territoires d’altitude.

4- J.D. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette expédition ?

P.P. En m’engageant sur la Via Alpina, j’avais envie de découvrir les Alpes dans leur globalité, dans leur cohérence naturelle. Mais surtout, je voulais expérimenter la marche au long cours et comprendre comment elle peut devenir un levier de gestion des émotions, un véritable outil d’exploration intérieure.

5- J.D. Et comment l’avez-vous abordée ?

P.P. Je me suis engagé dans cette itinérance avec rigueur. Discipline. Je m’y étais préparé sérieusement, à la fois physiquement et mentalement. J’avais déjà expérimenté la marche itinérante pour apprendre à connaître mon corps, tester mon matériel et, surtout, apprivoiser mon esprit, qui s’avère être un véritable compagnon de route.

6-J.D. Elle ne traverse pas moins de huit pays. Selon vous, y a-t-il une continuité, voire une cohérence dans les paysages ?

P.P. La continuité réside dans le relief : ce sont les montagnes qui assurent le fil conducteur. Mais au-delà de cette unité géographique, le sentier traverse des territoires singuliers, où les langues, les traditions, l’architecture et les cultures pastorales varient, souvent profondément. C’est une diversité inscrite dans une même colonne vertébrale.

7- J.D. Par rapport à votre tour du monde à vélo, cette longue marche a-t-elle été plus introspective ?

P.P. Ce sont deux voyages très différents. Le tour du monde à vélo, je l’ai entrepris à 20 ans : il m’a construit, il m’a fait entrer dans l’âge adulte. Le jeune homme que j’étais, n’est jamais vraiment rentré… Alors que cette longue marche dans les Alpes a été d’une autre nature : elle fut une marche de réparation, presque une forme de rédemption. Elle m’a fait évoluer en profondeur. Sur la Via Alpina, j’ai découvert cette mécanique fascinante de la marche qui use, polit, apaise, et finit par faire émerger quelque chose de très intime.

8- J.D. Diriez-vous qu’il y a un avant et un après dans votre vie ?

P.P. Il y a clairement un avant et un après tour du monde à vélo : ce fut une bascule majeure. La marche, elle, s’inscrit davantage dans une continuité. Avant la Via Alpina, j’avais déjà parcouru les Pyrénées, la Corse ou encore l’Atlas marocain. Et après, je continuerai : d’autres itinérances m’appellent, comme la Nouvelle-Zélande. La marche est une expérience qui se répète, mais ne se ressemble jamais.

9- J.D. Votre regard sur la solitude a-t-il changé ?

P.P. Oui, profondément. La marche en solitaire a transformé ma vision de la solitude. J’ai compris qu’une solitude choisie peut devenir un outil de réparation, de reconnexion — à soi-même, mais aussi à la nature. Pour autant, elle doit rester temporaire, choisie, et avoir une fin.

10- J.D. Quels conseils donneriez-vous à un lecteur qui souhaiterait se lancer ?

P.P. Je commencerais par l’encourager : la Via Alpina est un itinéraire magnifique et accessible à qui s’y prépare. Mais il ne faut pas brûler les étapes. Mieux vaut commencer par des itinérances plus courtes pour se familiariser avec la marche au long cours. Tester son matériel, son corps… et surtout sa motivation, qui est le véritable partenaire d’une telle aventure.

11- J.D. Avez-vous trouvé vos « Alpes intérieures » ou les cherchez-vous encore ?

P.P. Je les ai parcourues tout au long de cette Via Alpina, et j’en ai partagé quelques reliefs dans ce livre. Mais cette exploration ne s’achève pas : elle se prolonge. Mes Alpes intérieures ne sont pas un sommet à atteindre, mais un chemin à continuer.

Cordialement, Patrice Ponza.

Propos rapporté par Jean Davy, le 27 avril 2026, pour clicinfospectacles.fr