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Marie Lussignol, Interview

JULIETTE, VICTOR HUGO MON FOL AMOUR

1- J.D. Marie Lussignol, bonjour et bienvenue sur Clicinfospectacles.fr, tout d’abord pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

M.L. Bonjour, et merci à vous pour votre accueil. Je suis Marie Lussignol, comédienne, metteuse en scène, chanteuse et musicienne. Je suis une artiste pluridisciplinaire, « touche à tout »  . Je suis plutôt curieuse et passionnée. Lorsque que je tombe sur un sujet ou une histoire qui me transporte, plus rien ne m’arrête ! Surtout quand la finalité est de le partager avec le public.
Pour Juliette, Victor Hugo mon fol amour, c’est ce qui s’est passé.
J’ai toujours aimé les oeuvres de Victor Hugo , sa poésie, ses romans… mais lorsque j’ai découvert la correspondance avec Juliette Drouet pendant mes études , j’ai tout de suite été captivée par la personnalité de Juliette et j’ai voulu en savoir plus. Je suis tombée sur une interview de Patrick Tudoret à la radio où il parlait du roman qu’il venait de sortir sur Juliette Drouet.
Il en parlait avec tant de justesse et
de spontanéité, que je n’ai pas hésité une seconde et je lui ai écrit, afin que l’on puisse se rencontrer pour en faire un seul(e)-en-scène. Ce projet est devenu une évidence pour Patrick et moi.

2- J.D.  Vous êtes au Théâtre des Mathurins depuis le 19 janvier pour « Juliette, Victor Hugo mon fol amour », qui était-elle et qu’est qui vous à intéressé ?

M.L. Juliette est une femme assez extraordinaire, c’est d’abord l’une des plus grandes épistolières du 19 siècle avec pas moins de 23000 lettres échangées avec Victor Hugo. C’est grâce aux lettres que j’ai pu découvrir Juliette, sa forte personnalité, son humour, sa passion, et son intelligence. Pour moi, elle est tout sauf une simple « muse de salon ». Elle a largement sa part dans l’œuvre d’Hugo, si bien qu’il n’a plus écrit une ligne, lorsqu’elle mourut.

Elle n’est pas non plus une femme qui a « subi » sa vie. Elle a choisi son destin, c’est une femme libre. Même si celui-ci était de rester dans l’ombre de l’homme qu’elle admirait profondément, et qui n’a pas toujours été exemplaire avec elle. Elle est allée au bout de sa passion quitte à sacrifier sa vie de comédienne.

Juliette a commencé sa vie en étant orpheline. Elle aurait pu s’apitoyer sur son sort, mais elle a tracé sa route : elle a été une comédienne plutôt reconnue, puis le pilier central d’un des plus grands écrivains français, pendant plus de cinquante années.

3- J.D.  Juliette Drouet et Victor Hugo c’est 50 ans d’histoire d’amour et 22 000 lettres que raconte le livre « Juliette » de Patrick Tudoret  ( Ed Taillandier) avec qui vous avez collaboré à la mise en scène et dont est tiré la pièce, comment adapter une vie aussi riche en un peu plus d’une heure ?

M.L. C’est Patrick Tudoret qui justement a fait l’adaptation de son propre roman à ma demande. Qui mieux placé que l’auteur lui-même pour adapter cette histoire colossale ?
Patrick a fait un travail absolument extraordinaire car son roman fait 300 pages, il est détaillé, très fourni, et il a fallu en faire une pièce de 30 pages pour qu’elle dure 1h10. Il est parti de cette intrigue qui est d’ailleurs véridique : À 67 ans, Juliette s’enfuit à Bruxelles car elle est persuadée que Victor Hugo la à nouveau trompée. Va-t-elle lui revenir ? La pièce est une confidence avec le public sur 40 ans passés avec l’écrivain, qu’elle revit : leurs souvenirs sont comme des lettres qu’elle effeuille devant nous.

4- J.D. Hommage ou portrait ? A la lecture de leurs échanges peut-on dire qu’elle est à sa manière aussi une féministe ?

M.L. Oui, Juliette a une vraie personnalité : c’est pourquoi Hugo ne pouvait se passer d’elle. Il la consultait sur ses oeuvres, qu’elle copiait soigneusement à la bougie. Les carnets souvenirs de son enfance au couvent des Madelonettes, ont servi d’inspiration pour les Misérables.

Elle était d’ailleurs proche de nombreux auteurs de l’époque qui, à sa mort, lui ont rendu hommage. Au contact du géant, sa plume s’est aiguisée avec le temps. Elle était l’ombre dHugo certes, mais elle était surtout le pilier de la cathédrale. Il n’y a pas Hugo d’un côté et Juliette de l’autre, c’est un duo. Juliette a choisi ce destin. Elle aurait pu épouser un riche bourgeois, et continuer sa vie sur les planches, mais c’est Hugo qu’elle a choisi.

5- J.D. C’est également une très belle photographie réaliste de la société de leur époque ?

M.L. Dans la pièce Juliette dépeint en effet le contexte historique de l’époque, leurs voyages, la vie politique d’Hugo, l’exil en Angleterre, le deuil de leurs enfants respectifs Claire et Léopoldine.  Leur vie était naturellement romanesque. Il faut rappeler que nous sommes dans un pays en pleine effervescence culturelle. Le romantisme dont Hugo est le représentant officiel, est à son paroxysme. Cette pièce en est un reflet à travers le regard de Juliette.

6- J.D. Seule sur scène, vous êtes accompagnée par plusieurs extraits musicaux comme ceux de Robert Schumann ou Jean-Baptiste Pergolese, comment avez-vous fait votre choix ?

M.L. Dans ce spectacle, la musique apporte de la couleur au récit. Ici, elle accompagne chaque tableau, chaque souvenir : le spectacle a un décor minimaliste, la musique et la lumière viennent habiller l’histoire. J’ai proposé Chopin à Patrick. On y a introduit la magnifique nocturne en Do dièse mineur à la fin du spectacle, lorsque « Juju » écrit à « Toto » .
C’est surtout Patrick qui a choisi l’ensemble des musiques. On voulait aussi des musiques de l’époque de Victor Hugo, donc de l’ère romantique d’où Chopin, Schumann. Il y a également du Hildegarde de Bingen, avec des « voix angéliques » lorsque Juliette évoque ses souvenirs au couvent.

7- J.D. Vous racontez Juliette Drouet à la première personne, n’y a-t-il pas un risque de se laisser envahir par elle ?

M.L. Pour un seul en scène cela semblait évident de mettre le récit à la première personne pour faciliter « l’incarnation ».  Le roman de Patrick est écrit d’ailleurs à la première personne. À dire vrai, la frontière est toujours délicate : J’ai beaucoup d’attachement avec ce personnage, elle me bouleverse et j’y reconnais aussi mon propre caractère. Je me sens proche d’elle. 
Cela dit, j’essaie de garder une juste distance. Le comédien fait son travail lorsqu’il est au plateau, il est le personnage et le vit au présent, à la première personne. Mais lorsqu’il quitte la scène, il retrouve son jean et ses baskets : son « je » à lui. Ce qui est plus particulier, c’est lorsqu’on
incarne comme ici un personnage qui a réellement existé dans le passé. Il y a une pression supplémentaire, la peur « d’être à coté », qu’on ne ressent pas quand c’est un personnage purement fictif. 

8- J.D. D’après vous que nous dit toute cette correspondance sur Victor Hugo ?

M.L. Cette correspondance est trés dense, je n’ai pas encore tout lu, d’autant plus qu’elles ne sont pas toutes encore éditées. On peut d’ailleurs consulter quelques lettres sur le site : juliettedrouet, dirigé par l’université de Rouen. Une correspondance est une plongée dans l’intime.
Les lettres ne sont pas au départ adressé à un large public. Ce qui explique leur sincérité. Elles dévoilent l’envers du décor de la vie de Victor Hugo et de Juliette Drouet : on y découvre « toto et juju » des amants de leur temps, deux â
mes.
Victor Hugo appara
ît en « petit homme » comme le nomme souvent Juliette , descendu de son piédestal avec ses travers, ses doutes,  mais aussi ses élans de coeur. On y découvre un homme comme tout le monde. On est loin de l’écrivain célèbre intronisé au panthéon… bien seul dans sa crypte.

9- J.D. En tant que comédienne, quel rapport entretenez-vous avec les mots ?

M.L. Si je fais ce métier, c’est en partie parce que j’aime les beaux textes et les mots : leur musicalité. Le théâtre est encore cet endroit privilégié où l’on peut découvrir et entendre de beaux textes, c’est une chance. Je suis également musicienne, je fais du piano donc j’ai un lien musical avec la langue, la poésie.

10- J.D. En vous remerciant, qu’est qui lie Juliette Drouet et Marie Lussignol ?

M.L. La passion ! Vivre les choses à fond ; Allez au bout de ce qui nous anime à l’intérieur, dans les tripes, quitte à prendre des risques.
Je crois que Juliette et moi sommes devenues Amies.
Et puis, quelque part, Juliette est de nouveau sur le devant de la scène avec ce spectacle. On lui doit bien ça.

Propos rapporté par Jean Davy le 7 mars 2026, pour clicinfospectacles.fr
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